La surprenante reconversion d’une entreprise de la région bruxelloises.

Jusqu’à il y a dix jours, Musa Erkuru, 44 ans , un Schaerbeekois d’origine turque en Belgique depuis 1995, s’occupait de sa société active dans le bâtiment. Sa firme travaillait en région bruxelloise pour des sociétés comme Vivaqua et Sibelga. Mardi passé, la crise est devenue réalité. Le chef d’entreprise s’est adressé à ses ouvriers : "Je leur ai demandé : ‘Qui veut rester à la maison ?’ Aucun ne voulait. Les hôpitaux manquaient de masques, je connais des infirmiers et des infirmières à l’hôpital Brugmann, j’ai proposé à mes ouvriers de s’essayer à la couture. On allait coudre des masques. Tous ont accepté."

Des terrassiers, des paveurs, des machinistes se sont transformés en couturiers.

Musa Erkuru s’est procuré 1 000 mètres d’élastique. Pour le tissu, il a fait le tour des commerçants dans la communauté turque de Bruxelles. En huit jours, l’équipe n’est pas peu fière d’avoir cousu et livré 3 500 masques bucco-nasaux à Brugmann !

Et ce n’est pas tout. Via les réseaux sociaux, l’initiative fait tache d’huile. "Des épouses, des belles-sœurs, des amis d’amis nous ont rejoints. Le local est trop petit et les autres travaillent de chez eux mais nous voilà une petite trentaine. Après Brugmann, nous avons contacté l’hôpîtal Saint-Pierre à Bruxelles et les services du SPF Santé publique, dont on attend la réponse."

Les premiers 1 000 mètres d’élastique, Musa Erkuru est allé les chercher à Anderlecht chez un grossiste en principe fermé. "Quand j’ai expliqué le projet, il était tout de suite d’accord", relate Musa.

Un dépôt de la société de terrassement sert d’atelier. Les hommes travaillent en musique, avec le masque sur le nez et la bouche, à distance respectable les uns des autres. "Tous sont bénévoles. On travaille pour aider les infirmières et le personnel hospitalier. C’est à eux, qui mettent leur santé en l’air, qu’il faut dire merci. Nous, c’est rien."

Pas simple pour des hommes habitués aux travaux lourds de s’improviser couturiers. "Au commencement, on mettait 15 minutes pour coudre un masque. Assez vite, le rythme est tombé à 10 ou 11 minutes. Depuis huit jours qu’on travaille, on coud un masque en 5 à 6 minutes. On commence avant 9 h, on prend sa pause quand on veut, certains finissent à 21 h. Chacun produit environ 50 masques par jour. On se partage le boulot. Il y en a trois qui cousent : la bonne nouvelle, c’est qu’aucun ne s’est blessé avec les aiguilles. Les trois autres découpent le tissu ainsi que les élastiques à longueur de 17 ou 18 cm, puis assemblent les pièces terminées."

Le modèle de base a été fourni par quelqu’un de l’hôpital Brugmann. Des commerçants offrent le tissu. Musa Erkuru a acheté trois machines à coudre. Il s’occupe de réceptionner les masques produits à domicile par celles et ceux qui se sont ajoutés via Facebook, et de leur apporter le matériel pour continuer le lendemain.

Hommage aux ouvriers terrassiers Mevlut, Mustafa, Huseyin, Halil, Nuri et Kadir. Hommage aux épouses et amies Sakine, Nergis, Aleyna, Hatice, Ayse, Hava, Sevda, Fatma, Memnune, Zehra, Ayten, Ismihan, Turkan, Merve et Nevin.

À travers eux, hommage à toutes ces belles initiatives spontanées auxquelles on assiste partout en Belgique. Se serrer les coudes, c’est comme cela qu’on le vaincra, le coronavirus.