Trois personnes ont témoigné devant le Parlement des abus sexuels dont ils ont été victimes étant enfant.

Tineke avait 9 ans quand tout a commencé. Anna en avait 10 et Pierre (nom d’emprunt) en avait 8. Tous les trois ont subi des atrocités par un de leurs proches durant leur enfance ou leur adolescence : attouchements, caresses, relations sexuelles forcées.

Ce jeudi, dans le cadre des Jeudis de l’Hémicycle, mettant à l’honneur des citoyens et des associations, ils ont eu la force de témoigner. Le but était d’amener les parlementaires à soutenir une proposition d’allonger le délai de prescription actuellement de 15 ans.

Pour Tineke, tout a commencé lors de ses cours de gymnastique dans un grand club francophone. Des bisous sur la bouche de son coach principal aux mains baladeuses, le malaise s’est installé. Un jour, lors d’un stage, tout a dérapé, l’adulte s’est immiscé dans son lit lors de la sieste. À son retour, tout avait changé. Dans le monde de la gymnastique, le passage à la puberté ne pardonne pas : prise de poids, de poitrine, de cuisses. C’est l’excuse utilisée par son coach pour vérifier où en était sa puberté. Dans la salle, au milieu de tous les entraîneurs, elle se faisait toucher sous son t-shirt. Personne ne réagissait. "Je ne savais pas que ce n’était pas acceptable vu que personne ne disait rien. Même les entraîneurs et les adultes ont dû remarquer que quelque chose se passait mais ils n’ont rien dit."

Pendant 10 ans le père d’Anna l’a embrassée, frottée, pénétrée. Il inventait des fausses maladies pour la faire rester à la maison, il l’emmenait dans les bois pour que personne ne soit au courant. Pierre, quant à lui, a dû avoir des relations sexuelles avec sa sœur devant son oncle. Il raconte cela à travers une lettre qu’il a appelée "Quand j’avais huit ans, on m’a tué".

Tous ces témoignages arrivent malheureusement trop tard. Pour que leurs abuseurs puissent être punis par la loi, les victimes auraient dû parler il y a 20 ans. En effet, ce genre d’abus sexuels connaît un délai de prescription de 15 ans. "J’ai pris la parole aujourd’hui pour tenter de contribuer à ce que cela n’arrive pas à nos enfants, que plus personne n’ait peur de parler à temps", explique Tinneke.

S’ils étaient réunis c’était justement pour dénoncer ce délai. Les revendications des associations et des victimes portent sur deux choses. D’une part que l’inceste soit reconnu en tant que tel dans le code pénal, ce qui n’est pas le cas actuellement. "Il ne cite que l’attentat à la pudeur et le viol comme étant des actes punissables", indique Astrid Bedoret, avocate au barreau de Bruxelles. D’autre part, que le délai de prescription soit allongé, ou même complètement abrogé, ce qui est déjà le cas pour les crimes de guerre, les génocides et les crimes contre l’humanité.

Julie de Groote et André Dubus, députés CDH, vont soumettre un texte se basant sur ces demandes à l’ensemble des parlementaires bruxellois de tous les partis.