Àl’occasion de la journée internationale des droits des femmes, ce lundi 8 mars, la revue scientifique Brussels Studies a comptabilisé les rues portant un nom de femme sur l’ensemble du territoire régional. Le constat est sans appel.

"Alors que 50 % des voies portent un anthroponyme (nom de personne, NdlR), 46 % concernent un personnage masculin et 4 % un personnage féminin. Il y a donc, en région bruxelloise, dix fois moins de rues aux noms de figures féminines que masculines. Les proportions varient peu d’une commune à l’autre, les valeurs extrêmes étant 1 % (Evere où 48 % des voiries portent un anthroponyme) et 7 % (Bruxelles-1000, dont 44 % des voiries portent un anthroponyme), la majorité des cas se situant autour de 4 %", détaille Brussels Studies.

À cela, il y a lieu d’ajouter le tunnel Léopold II, dont le nouveau nom - féminin - sera dévoilé ce lundi matin par la ministre bruxelloise de la Mobilité Elke Van den Brandt (Groen). La chanteuse bruxelloise Annie Cordy fait partie des personnalités plébiscitées par le public. Elle fait également l’objet d’une polémique. La fresque peinte en son honneur, en 2018 à l’occasion de l’inauguration du parc Annie Cordy à Laeken, est vouée à disparaître (lire ci-contre).

Plus en détail, les auteurs de cette étude ont constaté que 40 % des voiries féminines sont des rues (88), 23 % des avenues (52), 8 % des places et 8 % des squares. Ils ont encore dénombré six parcs et trois boulevards - mais 36 parcs et 45 boulevards aux noms masculins. "Plus on monte dans la hiérarchie des espaces viaires, moins on trouve de noms féminins. Ainsi parmi les voiries régionales, douze portent un nom féminin contre 181 le nom d’un homme, soit un rapport de 1 à 15".

Parmi les 79 femmes donnant leur nom à une voirie, huit sont honorées en tant que féministes. Tandis que 65 voiries portent le nom d’une souveraine. "Contrairement aux hommes, aucune femme n’a l’honneur de donner son nom à des voies majeures, sauf si elle est membre d’une famille royale."

Pour les auteurs de cette étude, "le décalage entre la mobilisation des collectifs et associations féministes sur ces questions et l’adhésion au principe d’égalité de la classe politique et de la majorité de la population, illustre la difficulté à faire coïncider les discours et les pratiques, comme le cas de Tour et Taxis l’a bien montré."

"Cependant, le militantisme se révèle efficace lorsqu’il s’allie aux politiques pour favoriser la féminisation de l’espace viaire". Ils estiment que "cette difficulté à rendre concrètes les politiques égalitaires révèle la prégnance saisissante du patriarcat et du sexisme systémique dans le fonctionnement de nos institutions".