Le collectif “Elles font des films” invite ce dimanche à débattre de la thématique de l’égalité hommes-femmes dans le milieu cinématographique belge. La rencontre est organisée dans le cadre du festival “Elles tournent”, et sera animée par Hadja Lahbib.

En Belgique, 50% des étudiantes en cinéma sont des femmes. Si l’envie de pratiquer le 7ème art est présente de manière égale chez les deux sexes, la réalité du terrain est tout autre. En pratique, elles ne sont que 20% à réussir à en faire leur métier. Une injustice sociale patente, dénoncée cette année par le collectif “Elles font des films”, composé de 180 professionnelles du cinéma.

“Tout a commencé avec la photo rassemblant tous les réalisateurs ayant bénéficié d’aides de la Fédération Wallonie-Bruxelles au cours des 50 dernières années”, explique Sophie Bruneau, documentariste, professeur à l’INSAS et membre du collectif. “Nous avons relevé que seules 6 femmes y figuraient, pour 35 hommes...Or nous sommes à une époque où on ne peut plus ne pas tenir compte de l’équilibre hommes-femmes, il faut une représentativité”.

Fortes de ce constat, Sophie Bruneau et 49 autres femmes de cinéma se rassemblent pour une contre-photo, afin de prouver que, malgré leur invisibilité, les femmes sont bien présentes dans le milieu du cinéma belge. Naît alors le collectif, qui se veut un premier mouvement pour un équilibre au sein de ce milieu.

Combattre le problème à la base

Sa démarche, Sophie Bruneau la pratique aussi en tant qu’enseignante à l’INSAS. Elle est d’ailleurs une des seules à y donner cours, contre une majorité écrasante d’hommes. Ce qui donne déjà l’impression aux étudiantes que leur objectif de devenir des professionnelles du cinéma est quasiment inatteignable. “Je fais attention aux films que je présente et aux réalisateurs que je mentionne”, explique Sophie Bruneau. “Dans le cinéma, les jeunes femmes sont confrontées à un imaginaire masculin, avec des héros qui sont pratiquement toujours des hommes. Elles prennent donc comme standard qu’il n’y a pas d’héroïnes, les schémas réducteurs de la société sont reproduits au cinéma et mes étudiantes prennent cette réduction comme la réalité représentative. Ce qui est terrible, et c’est pourquoi nous avons une responsabilité en tant que cinéastes à ce niveau-là”.

Dans son analyse des rapports de domination dans le milieu cinématographique, Sophie Bruneau fait un autre constat. Avant les années 30, c’est-à-dire le moment où le cinéma est devenu parlant, il y avait autant de femmes que d’hommes dans le milieu. C’est seulement par après, lorsque le cinéma est devenu une industrie, que des moyens financiers importants ont été engagés et que des relations de pouvoir se sont installées que les femmes ont été reléguées au second plan.

Mais de quelle marge de manoeuvre disposent réellement ces femmes afin faire bouger les choses? Le fait que le ministère de l’égalité des chances ait financé l’étude qui a permis de révéler ces inégalités est déjà porteur d’espoir. Le fait que le problème soit combattu à sa base, à savoir dans la principale école de cinéma belge, est également extrêmement pertinent. Mais le collectif ne compte bien entendu pas s’arrêter là.

Et si cette domination est bien ancrée, et fait partie de l’art cinématographique depuis bientôt cent ans, nous sommes arrivés à un point où les revendications d’égalité des femmes commencent enfin à être entendues. Ce dimanche pourrait donc bien être la première étape pour rétablir l’équilibre entre les sexes dans le cinéma.

Plus d’informations: http://ellestournent.be/?p=14810