Bruxelles L’association Awsa organise des sorties pour gentiment bousculer les habitudes.

Tout est calme ce matin dans le café La Perle du Rif, à Schaerbeek. Les hommes boivent leur café en regardant la télévision et discutent entre eux. Tout à coup, une femme entre et s’installe. Il s’agit de Mariem, chargée de projets à l’Awsa, une association laïque arabe. Petit à petit, d’autres membres la rejoigne, sous le regard interrogateur des clients attablés. Un peu moins d’une fois par mois, l’ASBL organise une action durant laquelle les femmes investissent des cafés presque exclusivement fréquentés par des hommes à Anderlecht, Molenbeek, St-Josse ou Schaerbeek. "L’objectif est de les habituer à notre présence, pas de les déstabiliser. On vient avec le sourire et on espère donner envie à d’autres femmes de franchir la porte de ces cafés, souvent très accueillants", explique Mariem.

Dans le groupe du jour, il y a pourtant bien un homme. "Je me suis toujours intéressé à la question féministe et au monde arabe", affirme Alex, qui apprend la langue depuis quelques années. Devenir membre de l’association et participer à cette action lui paraissaient donc naturels. "Nous sommes ouverts aux hommes, évidemment, assure Mariem , notre démarche vise justement à faire naître la mixité de genre, mais aussi une mixité sociale et culturelle." Avec l’arrivée de Rania, le groupe est désormais au complet. À l’étroit, il décide de se déplacer stratégiquement vers un espace plus large, où une dizaine de jeunes jouent bruyamment aux petits chevaux. "On essaie de gentiment provoquer des interactions", précise Mariem en se levant, brochures à la main. À son arrivée, les jeunes se taisent, intrigués. La jeune femme présente l’association et les invite à discuter. "On termine la partie et on vous rejoint", répondent-ils poliment.

Quelques minutes plus tard, Youssouf, Ilies, Nicolas et Younes s’installent. Élèves en éducation physique et en informatique, ils ne comprennent pas le sens du mot féminisme. "Quand vous nous dites ça, on pense direct aux Femen", s’exclame Younes. Nora réagit avec fermeté et pédagogie. Le débat est lancé et les sujets s’enchaînent : le film Much Loved, les mariages forcés, le malaise des femmes dans les lieux publics, la violence conjugale… "J’ai une question : à part en parler, on fait quoi ?", lance Younes tout à coup. Et Nora de lui rappeler quelques combats historiques. "Mais il faut continuer à sensibiliser les hommes comme les femmes, sans quoi on crée un décalage", ajoute-t-elle. Mariem renchérit, dans un clin d’œil : "On compte aussi sur vous."