Emilia Farfan a 25 ans quand elle décide de quitter sa terre natale pour découvrir le monde. "J’avais envie de voyager, de sortir de mon petit village argentin pour voir le plus de choses possibles." Rapidement, elle a un coup de cœur pour Bruxelles. "C’est l’endroit où je me suis sentie la plus à l’aise, notamment en raison de la multiculturalité. Ici, on entend des langues différentes chaque jour, je me suis vraiment sentie accueillie. Et puis, je suis tombée amoureuse d’un Belge, avec lequel je me suis mariée."

Intallée à Uccle, elle se met à la recherche d’un emploi. Ses lacunes à l’écrit, dans une langue qui n’est pas sa langue maternelle, posent cependant problème. "J’ai appris à parler français mais je n’ai jamais été forte en grammaire." Comme la nature lui manque, l’idée de transformer son amour pour le travail de la terre en un projet professionnel germe dans son esprit. "La terre nous accepte comme on est, sans condition, si ce n’est l’envie de travailler."

Décidée à cultiver des plantes sauvages, aromatiques et médicinales, elle se met à la recherche d’un terrain. "Aujourd’hui, les projets Good Food sont bien soutenus mais à l’époque, ce n’était pas encore le cas donc il y avait assez peu d’opportunités. Je savais que j’aurais du mal à trouver un terrain pour moi donc j’ai démarché des maraichers en soulignant que mon projet apporterait de la diversité à leur offre sur le marché."

A Anderlecht, c’est la Smala Farming qui l’accueille dans son champ et à Waterloo la Ferme de la Papelotte. Emilia lance rapidement une page Facebook pour faire connaître son projet de plantes séchées pour faire des tisanes artisanales. "J’ai reçu tellement de messages qui me proposaient de l’aide que je ne savais pas répondre à tout. J’ai donc créé le groupe Facebook Hierbas Buenas du Champ dans lequel je poste les créneaux durant lesquels j’ai besoin d’aide. Des bénévoles, qui sont intéressés par l’herboristerie ou aiment simplement la nature, viennent alors m’aider."

Des moments conviviaux, durant lesquels la jeune femme partage ses connaissances et qui ont attiré l’œil de Facebook. "Au début, je n’y croyais pas ! L’équipe est venue filmer pour le documentaire The Rethinkers. Elle voulait montrer ce côté durable, économie circulaire, distribution à vélo : il y a une vraie démarche derrière mon projet. Je trouve la vidéo très touchante, ça m’a permis de rendre hommage à tous ces bénévoles qui m’ont aidée depuis mes débuts il y a trois ans."

Touchée par la crise, Emilia espère pouvoir reprendre son activité de manière plus stable et retrouver des contacts sociaux. "J’ai dû créer un site web, un e-shop, des choses dont je n’avais pas vraiment envie car j’aime bien l’humain. Avec le retour des marchés et festivals, j’espère que cette deuxième partie d’année sera positive."