Bruxelles Près de 40 ans après la création de l’ASBL, toutes les générations se retrouvent au sein d’une structure unique en son genre. Rencontre avec son administratrice-déléguée.

Lorsqu’en 1982, Odette Verdickt crée Les Trois Pommiers avenue des Casernes à Etterbeek, elle fait figure de pionnière en matière d’habitat social intergénérationnel, au point que cette ASBL retiendra l’attention de la princesse Diana lors d’un voyage officiel en Belgique en 1993. Près de 40 ans plus tard, ses fille et belles-filles, et une équipe de trente personnes, poursuivent cette magnifique aventure. Rencontre avec Catherine Verdickt, l’administratrice-déléguée de cette association qui servit de modèle. "Un modèle, oui et non car, aujourd’hui, une structure comme la nôtre, avec 18 places de maison de repos, ne serait plus acceptée ; il faut minimum 70 ou 80 places. L’époque de la création des Trois Pommiers correspond à un moment où chaque entité chargée de la petite enfance, des agences immobilières sociales (AIS), des personnes âgées, etc. mettait en place des structures qui, depuis, ont été cloisonnées. Les Trois Pommiers dépendent d’ailleurs de nombre de services et administrations différents, ce qui rend la tâche assez lourde, mais toujours passionnante. Mais notre projet, comme tous les autres qui opèrent sur cette thématique intergénérationnelle, ont pour but d’en revenir aux choses naturelles ; dans les sociétés ancestrales, au sein de la famille vivaient toutes les générations."

Avez-vous connu une évolution au sein de l’organisation des Trois Pommiers ?

"Au début, le principe était d’aider les mères en difficulté en faisant garder leur bébé par des personnes âgées, chose inimaginable désormais aux yeux de l’ONE pour des raisons de sécurité de l’enfant. On a sans doute perdu en spontanéité ce qu’on a gagné en professionnalisme en ayant une crèche avec des puéricultrices. Mais, au goûter, le soir ou le week-end, le contact intergénérationnel a encore lieu ici, dans l’espace commun. Si je dois encore comparer ce que nous avons mis en place et ce qui se fait maintenant en matière intergénérationnelle, je dirais qu’actuellement, les initiatives partent de la personne âgée qui souhaite ainsi soit se rendre utile ou recevoir de l’aide. Notez que dans tous les cas, le résultat est semblable : les personnes ne sont pas là en fonction de leur âge mais bien en fonction d’un besoin particulier ou d’hébergement, de logement, d’aide, d’entraide."

Désormais, qui vient aux Trois Pommiers ?

"Tout le monde : les personnes âgées seront accueillies dans la maison de repos, selon un agrément classique maison de repos sans être maison de repos et soins, donc ce sont des personnes qui n’arrivent pas ici tout à fait dépendantes mais peuvent le devenir puisque nous avons du personnel soignant 24h/24. Les raisons de leur arrivée sont multiples : vente de leur logement, peur, chute, famille à rassurer… Les mamans, elles, font appel à la maison d’accueil pour cause de violence conjugale, perte de logement, surendettement, incapacité à s’occuper de l’enfant, grossesse surprise causant le rejet de la famille ; nous avons aussi des papas dans des gardes alternées qui peuvent avoir leur enfant pour autant qu’il soit cadré dans une maison d’accueil."

Les Trois Pommiers sont donc mixtes…

"Tout à fait. Mixte à tous les niveaux : maison d’accueil, maison de repos (tout le premier étage de l’immeuble), habitation protégée pour personnes ayant des difficultés psychiatriques. un certain nombre de flats sont aussi dédiés à des personnes bénéficières d’un tel logement sans être repris dans l’un des trois cas de figure précédents - handicap physique ou mental ou encore besoin d’une structure atypique telle que la nôtre. Ils recevront ici ce dont ils ont besoin, pas plus. Comme maison d’accueil, l’ASBL propose un logement transitoire à des mamans, des papas voire des couples en difficulté passagère. Dès qu’ils arrivent ici, nous mettons en route un processus de recherche de logement, d’inscription dans des AIS, dans des logements sociaux. En revanche, en maison de repos ou habitation protégée, nous espérons garder les résidents le plus longtemps possible."

Vous avez désormais cinq infrastructures en Région bruxelloise : le Clos Élisabeth à Schaerbeek et Les Pernettes à Saint-Gilles, et, à Etterbeek, la cité Jouët Rey, le clos Chambéry et donc Les Trois Pommiers.

"Ce dernier, où se trouve le siège social, est le plus accompagné, le plus suivi, avec du personnel 24h/24 pour veiller des personnes âgées plus dépendantes, avec une organisation de repas. Les quatre autres sites sont organisés comme du logement social avec des familles, des personnes âgées. À ces endroits-là, nous n’avons rien inventé. Mais améliorons toujours : ainsi le clos Chambéry va être rénové selon un partenariat public/privé."

Des activités ont lieu au sein des Trois Pommiers, mais aussi à l’extérieur ?

"Les ateliers au sein de l’établissement, tandis que des groupes de parole sont mis en place afin de satisfaire les demandes d’excursions, au cours desquelles le lien intergénérationnel se tisse. Les animaux ne sont malheureusement pas autorisés mais nous avons récemment organisé une séance de zoothérapie sur la petite terrasse. On a pu constater à quel point le besoin d’animaux est important."

Des enfants qui étaient là au début de l’aventure reviennent-ils ?

"Cela arrive. On a été touché lorsqu’un homme de 28 ans s’est présenté avec ses deux enfants. Il se rappelait avoir séjourné aux Trois Pommiers lorsqu’il avait deux ans. Il avait des vêtements à donner. Une assistante sociale avait connu sa maman. Des mamans gardent aussi parfois le contact avec le service social, reviennent dire bonjour au personnel qui fait un travail fantastique pour rendre le cadre de vie le plus agréable possible pour des gens qui aspirent à revenir à meilleure fortune."

Combien de personnes sont hébergées par Les Trois Pommiers ?

"Sur les cinq sites, 230. Et ici, environ 90 avec un tiers de personnes de plus de 65 ans, 25 ou 30 enfants, une vingtaine de parents et enfin quelques personnes de 50-60 ans fragilisées. Le plaisir est de voir qu’à force de se croiser dans les couloirs ou lors des goûters, des amitiés et affinités se créent, des services se rendent sans que le personnel n’ait à intervenir, et c’est tant mieux."

Il n’y a jamais d’incidents ?

"Oh que si ! Ce serait trop facile ! Des disputes de bac à sable du genre ‘il ne m’a pas dit bonjour’, ‘il ne m’a pas laissé passer dans l’ascenseur’; et cela prend des proportions, ils ne veulent plus se voir ; puis, la semaine suivante ils sont de nouveau copains copines ; c’est humain…"