Zone semi-sauvage, écrin de la biodiversité de pas moins de 24 hectares en plein cœur de la capitale, la friche Josaphat est devenue un enjeu régional majeur. Le gouvernement bruxellois entend y ériger un tout nouveau quartier, constitué notamment de logements, d'écoles et d'infrastructures culturelles et sportives. Les membres du collectif Sauvons la friche militent, eux, pour préserver cet espace vert et sa centaine d'espèces d'animaux recensés.

En attendant l'issue de ces luttes, le gouvernement permet depuis l'année passée à la SAU, société d'aménagement urbain de la Région, d'occuper une petite partie de la zone pour permettre aux riverains, Everois et Schaerbeekois, de profiter de l'espace pendant la belle saison. Lors de sa première édition, l'Eté à Josaphat proposait ainsi un espace détente, composé de transat, des food-truck pour se restaurer, un terrain de pétanque.

Cette année, l'événement devrait ouvrir ses portes dès le 1er juillet. Depuis quelques jours, des travaux sont donc en cours pour préparer le terrain. Sur Facebook, le collectif Sauvons la friche déplore cependant les moyens utilisés pour ces aménagements. "L'année passée, Bruxelles Environnement avait limité l'étendue de ce parc provisoire pour laisser une large zone semi-sauvage en dehors de toute perturbation. Cette année, on constate qu'il traverse la friche sur toute sa longueur et qu'ils ont amené des pelleteuses pour tracer des chemins, ce qui a un impact, explique Benoit De Boeck, membre du collectif. Une fois encore, la SAU nous met un peu devant le fait accompli. On trouve dommage d'en faire juste un parc récréatif alors qu'on pourrait profiter du lieu de manière douce, en préservant la faune."

De son côté, la SAU précise que cette modification du périmètre de l'Eté à Josaphat correspond à une demande des riverains. "Les personnes qui s'y sont promenées l'an passé, surtout les Everois(es), nous ont demandé une deuxième entrée car ils devaient faire tout le tour pour accéder au parc temporaire. On met donc en place une passerelle du côté de la gare d'Evere. Il y a eu des travaux de ce côté-là ces derniers jours car un bâtiment ancien faisait l'objet d'une demande de démolition pour insalubrité", explique le porte-parole de la SAU Pascal Sac.

Pour ce qui est du programme, il se veut convivial. "On propose des activités accessibles à tous, calmes et familiales. En 2020, on a eu pas mal de monde les week-ends de beau temps mais c'était plus calme le reste du temps donc l'impact sur le terrain est limité."

Bruxelles Environnement, qui a effectué une visite sur place le 25 mai dernier, assure veiller au respect de la nature et des riverains. La proposition initiale de la SAU, qui ajoute donc à l'espace au sud présent l'an passé un chemin le long de la voie ferrée et une petite zone au nord, a été adaptée par les experts de Bruxelles environnement.

"L'actuelle "zone sauvage" sera notamment intégralement préservée à l'aide de clôtures afin qu'elle puisse continuer à fonctionner comme une aire de repos pour la faune présente. Une seule terrasse sur pilotis sera en outre installée dans la partie prairie à un emplacement qui n’aura pas d’impact sur les plantations. Aucune destruction significative de l'habitat d'espèces strictement protégées n'aura lieu pendant l'installation et les activités seront encadrées par des conditions concernant les heures d'ouverture et les normes de bruit afin d'éviter toute perturbation potentielle", indique Pascale Hourman, porte-parole de l'organisme régional, qui estime que la protection de la biodiversité et la mise à disposition d'espaces verts de qualité aux habitants sont ici compatibles.