Bruxelles La police bruxelloise a interpellé, samedi après-midi, 435 militants d'Extinction Rebellion au total, sur la place des Palais et la place Royale.

Comme les quelque 1 000 manifestants, Yannick s'est rendu sur la place Royale hier pour joindre le mouvement Extinction Rebellion, action de désobéissance civile qui a commencé ce samedi à 14h. Comme 117 de ses camarades, Yannick s'est retrouvé en cellule jusqu'à 3h du matin.

Le début de la manifestation s'est pourtant passé dans le plus grand calme. Dès 14h, les autorités avaient bloqué l'accès à la place des Palais, craignant un envahissement des jardins royaux, comme annoncé par le mouvement. Ces jardins se trouvant dans la zone neutre, où les manifestations sont interdites, les militants se sont finalement rassemblés sur la place Royale d'où ils ont été délogés à l'aide notamment d'une auto-pompe et de jets de spray au poivre.

"Vers 17h, un groupe de manifestants a décidé de passer le barrage de la police pour accéder à la zone neutre: la place des Palais", raconte Yannick. "C'est là que la police a lancé du gaz lacrymogène dans la foule. Beaucoup de gens qui n'essayaient même pas de passer ce barrage ont été touchés." Suite à une concertation avec les autorités administratives, la police a finalement décidé de mettre un terme à toute l'occupation. "Vers 18h, alors que j'étais de l'autre côté de la place, j'ai vu des autopompes foncer droit devant nous. À aucun moment ils ne nous ont prévenus qu'ils allaient charger. Tout était très violent, je ne m'attendais pas à ça. J'ai vu des gens courir pour se protéger et se faire matraquer dans le dos. J'ai remarqué qu'il y avait des mineurs et des enfants derrière moi alors j'ai voulu ralentir la police en m'asseyant devant eux par terre. Beaucoup m'ont enjambé mais d'autres m'ont donné des coups de matraque et ont retiré les mains de mon visage pour m'y lancer du gaz lacrymogène", explique l'enseignant. "Quand ils nous ont demandé de nous rendre et que j'ai refusé, toujours assis par terre, l'un d'eux m'a pris par la gorge pour me lever et m'embarquer. Ils nous ont ensuite mis en file indienne et colsonné les mains derrière le dos." Yannick restera jusqu'à 3h du matin dans les cellules des casernes d'Etterbeek. "J'ai été très choqué par ce que j'ai vu. Je ne savais pas que la police belge était capable de ça. Ce qui est important c'est que nous sommes restés entièrement pacifistes. Ils ont perdu à la bataille de l'image et devront rendre des comptes."

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Contactée la zone de police Bruxelles Capitale-Ixelles confirme que quelques 435 manifestants ont été interpellés. "Nous avons dû arrêter administrativement 147 personnes qui ont tenté, de manière organisée, de s'introduire dans la zone neutre. Nous avons tenté d'avoir un contact avec les organisateurs mais il n'y a eu aucune concertation ce qui est très rare pour un événement à Bruxelles. Vers 18h, suite aux vagues de manifestant qui tentaient de s'introduire sur la place des Palais, nous avons décidé en concertation avec la hiérarchie de mettre un terme à l'occupation. Nous avons prévenu les manifestants: ou ils quittaient les lieux, ou ils s'exposaient au risque de se faire arrêter. Les conditions nous autorisaient à utiliser l'autopompe et le gaz lacrymogène."

De son côté, l'échevin du Climat de la Ville de Bruxelles Benoît Hellings (Ecolo) a affirmé qu'une réunion se tiendrait dès lundi avec le bourgmestre et les échevins. "Cette violence pose une grave question qui mérite des réponses. Il faut que les futures manifestations climatiques (et toutes les autres) de Bruxelles fonctionnent comme les 21 manifestations précédentes : dans la joie, la revendication et le respect." Co-présidente d'Ecolo, Rajae Maouane a également réagi sur les réseaux: "Des député(e)s Ecolo étaient présent(e)s parmi les manifestants, prolongeant leur engagement parlementaire aux cotés des associations et des citoyen(ne)s venu(e)s en nombre. Sans qu’aucune violence ne se soit exprimée, la manifestation a été démantelée violemment par la police. Il n’y avait ni casseur ni personne masquée, juste des personnes et des familles rassemblées pour revendiquer un avenir désirable sur une planète habitable pour leurs enfants. Nous dénonçons l’usage excessif de la force policière à l’encontre de manifestants pacifiques venus à l’appel du groupe Exctinction Rebellion."

La présidente du conseil communal de la Ville de Bruxelles, Liesbet Temmerman (Ecolo-Groen), s’est également exprimée en dénonçant l’ordre donné aux policiers par le bourgmestre Philippe Close (PS): “Réprimer une action (qu’elle ait lieu dans ou en dehors de la zone neutre bruxelloise) c’est un choix, pas une obligation. Ce n’est JAMAIS une obligation, et il est important de préciser cela."

Contacté, le bourgmestre n'a pas souhaité réagir, préférant d'abord faire un état des lieux des événements de ce samedi.