La révocation du très influent imam Mohamed Toujgani, de la mosquée Al Khalil à Molenbeek, date du 5 octobre dernier, mais la nouvelle n'est devenue publique que jeudi dernier. Ni le cabinet Mahdi, ni la Sûreté de l'Etat n'ont cependant donné plus d'informations jusqu'à présent.

Selon Bruzz, un tribunal de première instance francophone devait statuer sur l'autorisation ou non de Toujgani à devenir un citoyen belge. L'imam avait avait soumis la demande à la commune de Molenbeek fin 2019, le procureur ayant rendu un avis négatif, Toujgani est passé devant le tribunal. Ce tribunal indique que les sermons de l'imam étaient modérés, mais qu'il diffusait des opinions plus extrêmes en cercles restreints, qu'il entretenait des contacts avec des personnalités extrémistes, notamment avec des personnes condamnées à l'étranger pour des attentats. Ces contacts seraient, toujours selon Bruzz, le prédicateur haineux Abu Qatada entretenant des liens avec Al-Qaïda, Mohamed Fizazi, emprisonné pendant 30 ans avant d'être gracié pour les attentats de Casablanca et Abu Ishaq Al Huwayni qui défendait un marché d'esclaves.

Les premières informations inquiétantes issues de la Sûreté de l'Etat évoquent des propos tenus sur la radio Arabel en 2000. Toujgani aurait déclaré ne pas être en faveur au mariage des filles marocaines à 18 ans et expliqué que certaines sont matures dès l'âge de neuf ans. Il aurait également prôné la polygamie, lui qui a deux épouses, rapporte Bruzz.

Travail pour les services de renseignements marocains

La sécurité de l'Etat fait également état d'espionnage. Toujgani aurait travaillé pour les services de renseignements marocains en espionnant des ressortissant du Royaume ici en Belgique.

La Sûreté de l'Etat évoque aussi la culture de la haine contre la chiites que l'imam entretenait, à même titre que la haine contre les juifs et l'Occident et pointe du doigt la vidéo qui a fait débat ces derniers jours où l'imam appelle à brûler les sionistes. D'autres sermons datant de 1998 sont également évoqués, où Toujgani déclarerait que les juifs sont une insulte à Dieu, et que la trahison, la jalousie et l'hypocrisie leur sont propres.

Toujgani lui-même a nié avoir approuvé l'interprétation salafiste et radicale de l'islam et a déclaré n'avoir eu aucun contact avec le milieu djihadiste.

Les conclusions de la Sécurité d'État sont montrées sans fondement"

Le juge chargé d'accorder la nationalité belge à Toujgani a déclaré que ces informations n'étaient pas assez précises et concrètes pour refuser le passeport à l'imam. "Citer la Sûreté de l'Etat ne suffit pas. (...) Les conclusions sont montrées sans fondement. (...) Cette information est donc impossible à vérifier et trop vague." Les faits datant d'il y a longtemps et n'ayant jamais mené à une enquête, malgré les propos punissables. Le tribunal émet donc la possibilité que Toujgani devienne belge, même s'il ne parle ni le français, ni le néerlandais, comme c'est pourtant requis. Le ministère public fait alors appel le 13 octobre, mais le cabinet Mahdi lui avait coupé l'herbe sous le pied cinq jours plus tôt en retirant le permis de séjour de l'imam, alors au Maroc.

Pour l'avocat de l'imam, Me Henri Beauthier, "la séparation des pouvoirs n'existe pas, (...) c'est l'information de la Sûreté de l'État qui est pertinente, pas celle concernant sa procédure pour devenir belge".

Alors, pourquoi renvoyer un imam vivant en Belgique depuis 40 ans, lui qui n'a jamais été condamné sur le sol belge ? Bruzz a posé la question à Corinne Torrekens (ULB), experte en islam. "Le timing ici n'est pas une coïncidence, sans aucun doute. Une hypothèse est que le gouvernement belge veut déstabiliser l'exécutif musulman et par extension l'Islam de l'ambassade. Par exemple, sur la base d'un rapport de la Sûreté de l'État, ils ont accusé l'exécutif musulman d'espionnage à la fin de l'année dernière, ce qui a conduit à la démission du vice-président Salah Echallaoui. Et maintenant ça."

De son côté, Toujgani n'affirme avoir été mis au courant que sur le tard de la nouvelle. "Je ne l'ai découvert que lorsque j'ai demandé un certificat de résidence principale à la municipalité, après quoi il s'est avéré que j'avais été déplacé." Son avocat va faore appel au Conseil des litiges des étrangers et déposer plainte au Comité I, qui supervise les services de renseignement  et de sécurité belges.