Bruxelles La mobilisation des travailleurs des administrations locales et régionales a été un succès pour les syndicats… contrairement à leur rencontre avec Rudi Vervoort.

Des chasubles rouges, vertes et bleues et des parapluies par centaines. Une foule de manifestants se masse depuis 9 h 30 devant les portes du gouvernement de la Région bruxelloise, rue du Régent à Bruxelles-Ville. Hier matin, à l’appel du front commun des trois syndicats, la CGSP-Administrations locales et régionales, la CSC-Services publics et le SLFP-Administrations locales et régionales, environ 1 000 (selon les organisateurs) travailleurs des administrations bruxelloises (hôpitaux, écoles, crèches et CPAS), ont manifesté toute la matinée et une bonne partie de l’après-midi pour réclamer, a minima, l’augmentation de tous les barèmes de 10 % et donc une hausse des bas salaires.

La délégation intersyndicale a été reçue pendant près de deux heures par Rudi Vervoort (PS), ministre-Président de la Région bruxelloise, Bernard Clerfayt (Défi), ministre bruxellois des Pouvoirs locaux et Alain Maron (Ecolo), ministre bruxellois en charge des CPAS. "Nous sommes déçus, lâche Muriel Di Martinelli , secrétaire fédérale du CGSP-ALR à la sortie de la réunion. Ils nous ont parlé de problèmes budgétaires. Ils disent qu’ils sont conscients de la situation mais qu’ils doivent dégager des marges budgétaires. Ils vont remonter nos revendications auprès du gouvernement et nous ont donné rendez-vous mardi 12 novembre." Et d’ajouter : "Avec le long week-end entre les deux, on espère réussir quand même à mobiliser."

"À Bruxelles, ils touchent 2 200 euros net par mois, en Flandre et en Wallonie, entre 2 400 et 2 500 euros."

Pour rappel, et pour ne citer qu’elles, les revendications des travailleurs des administrations locales et régionales, sont : le passage des niveaux E en niveau D, une politique de statutarisation massive et l’amélioration des conditions de travail. La demande principale demeure l’augmentation de 10 % de tous les barèmes, c’est à dire l’ajustement des barèmes bruxellois par rapport aux barèmes flamands et wallons. "Un groupe de travail du comité C (NdlR : comité de négociation) a mis en évidence un différentiel de 10 à 45 % quand on compare les barèmes bruxellois des barèmes flamands et wallons, explique Benoît Lambotte. On demande donc de rattraper très maigrement ce différentiel."

Benoît Van Lierde, représentant de la SLFP, donne le cas des assistants sociaux : "À Bruxelles, ils touchent 2 200 euros net par mois, en Flandre et en Wallonie, entre 2 400 et 2 500 euros."

Toutes ces demandes sont "légitimes" pour les trois membres du gouvernement qui ont reçu la délégation. "Nous examinerons l’ampleur que pourra prendre le soutien de la Région aux communes pour améliorer la situation des agents communaux, notamment par une augmentation des salaires les plus bas, en vue des travaux d’ajustement budgétaire qui débuteront dès le début de l’année 2020, déclarent-ils. Nous travaillerons également à une harmonisation du statut pour la fonction publique locale."

"On ne se fait pas d’illusions, confie Benoît Lambotte. Ils nous ont dit qu’ils n’avaient pas d’argent, pourtant nous ne sommes pas gourmands." Et Muriel Di Martinelli de conclure : "On espère qu’ils vont nous dire qu’on va tendre progressivement vers 10 %. Par exemple, 2 % en 2020, 4 % en 2021…"

"Nous sommes des travailleurs pauvres"

Sur le terrain, les grévistes témoignent de la précarité de leur situation. "Ce n’est jamais facile de faire grève quand on est infirmière, confie Noëlla, infirmière à l’hôpital Bordet à Bruxelles-Ville. On culpabilise pour nos patients mais le service minimum est quand même assuré." Carine et Angela travaillent dans une école d’Anderlecht : "Nous sommes des travailleurs pauvres, lâchent-elles. Nous avons de plus en plus de responsabilités dans les écoles, auprès des enfants sans que nos salaires soient valorisés. Pour boucler les fins de mois, c’est dur.

Pour Marie-Pascale de la commune de Forest "déjà à la 2e semaine c’est compliqué". Sous la tente verte du CSC, une crèche de Noël s’est installée. Cédric qui travaille au CPAS d’Ixelles a vêtu le costume de Joseph, accompagné de Marie, Julie, dans la vraie vie. Cédric/Joseph plaisante : "On s’approche de Noël alors c’est un clin d’œil puis on espère les 10 % sous le sapin."