Bruxelles Les archéologues veillent à la préservation des vestiges retrouvés sur le chantier du Parking 58. Reportage.

À quelques pas de la place Sainte-Catherine, le Parking 58, autrefois haut de plusieurs étages, n’est désormais qu’un énorme trou. Autour des grilles qui délimitent le chantier, des passants s’arrêtent pour observer le travail des ouvriers. Dans le fond, des pelleteuses rouges s’affairent, déplaçant la terre pour creuser un trou encore plus profond. Quelques mètres plus loin, ce sont d’autres outils que les casques jaunes manient. Ils sont habitués aux chantiers mais leur travail est beaucoup plus calme et minutieux.

Leur mission : étudier le sous-sol du site et assurer la préservation des vestiges qui s’y trouvent. Depuis le mois de février dernier, une équipe d’une quinzaine d’archéologues travaille ainsi sur le chantier, à côté des ouvriers. "On fait partie de la vie du chantier. Notre objectif est d’éviter que ces vestiges ne soient abîmés par les travaux", explique Ann Degraeve, responsable du département patrimoine archéologique de la Région.

"On ne fouille pas juste pour fouiller. Avec tous les travaux qu’il y a chaque année à Bruxelles, on a assez de travail comme ça !" Et en effet, l’équipe dirigée par Ann Degraeve travaille en moyenne sur 45 chantiers par an. Celui-ci a pourtant quelque chose de particulier : "Nous nous trouvons sur l’ancien tracé de la Senne. Au Moyen Âge, les gens ont jeté tout un tas de déchets dans la rivière, ce qui nous permet aujourd’hui de retrouver de nombreux vestiges pour les étudier."

© ENNIO

Ossements, céramiques, chaussures : pas un jour ne passe sans que les archéologues ne déterrent des objets. "On retrouve beaucoup de déchets d’os, le plastique de l’époque", précise Jef Pinceel, responsable de la collection archéologique. Ces os d’animaux proviennent notamment de vaches et de moutons. Plus étonnant : les ossements de chiens et chats, et le crâne de cheval retrouvé récemment. Celle qui fait la fierté de l’équipe, c’est la nasse à poissons : "Cette découverte est exceptionnelle parce que c’est la première qu’on découvre en aussi bon état en Belgique !"

Une fois déterrés, les objets sont pris en charge par les archéologues qui les préservent et les restaurent si possible. Si les ossements et les céramiques sont assez résistants pour être lavés au labo, d’autres vestiges nécessitent une prise en charge dès leur sortie de terre : "Sous terre, ils sont dans un milieu humide et sans oxygène. Ils se conservent donc très bien. Une fois à l’air libre et à la lumière, ils peuvent rapidement se détériorer." C’est notamment le cas des poutres en bois et des objets organiques comme les chaussures en cuir. Ces derniers font donc l’objet d’une attention particulière, tout comme les objets en verre.

Les plus insolites seront visibles lors d’une expo qui retracera les découvertes faites sur le chantier. En attendant, vous pouvez suivre le journal de bord de l’équipe sur la page Facebook de Bruxelles Patrimoine.