Résidant bruxellois, Francis Lalanne a vécu dix ans sur la Grand-Place. Rencontre.

En tournée en Belgique avec son spectacle la Boîte à chansons, Francis Lalanne réside à Bruxelles depuis une vingtaine d’années. Il nous a donné rendez-vous à l’hôtel Amigo pour parler de ses projets et de sa vie bruxelloise. Une photo de lui est accrochée au mur à côté de la table à laquelle il s’assied. "Comme ça vous faites l’interview de Francis Lalanne en-dessous de Francis Lalanne." Le ton est donné.

Parlez-nous de votre spectacle, la Boîte à chansons.

“C’est un mélange de chant et de théâtre. On reprend les plus belles chansons francophones. J’étais très touché que les producteurs pensent à moi pour leur spectacle. J’ai le sentiment de retrouver des vieux copains comme Jacques Brel, que j'ai rencontré un an avant sa mort.”

Vous préparez un nouveau livre. Quels sujets y abordez-vous ?

"Ca fait un an que j’écris un chant d’amour à la Belgique. Je l’ai commencé après être tombé sur une édition de Pauvre Belgique, un livre dans lequel Baudelaire critique la Belgique et exprime son mépris des Belges, alors même que ceux-ci ont publié les Fleurs du mal qui étaient censurées en France. J’appelle ça la société du mal dire : plus tu dis du mal plus tu es quelqu’un de bien. Le livre est une façon pour moi de condamner cette société, cette facilité à se moquer des Belges."

Vous, vous aimez la Belgique ?

"Oui, c’est un peu ma patrie d’adoption. Elle m’a accueillie alors que je ne suis plus le bienvenu en France depuis que j’ai apporté mon soutien aux Gilets jaunes. J’ai un tourneur, un éditeur, un spectacle ici. J’aime l’état d’esprit de la Belgique, sa bienveillance, sa convivialité. La vie n’est pas toujours facile, pour vous comme pour tout le monde, mais vous parvenez toujours à tourner ça vers la bonne humeur, souvent avec un verre de bon verre de bière."

Comment avez-vous découvert Bruxelles ?

"J’étais en tournée quand je suis venu pour la première fois à Bruxelles, il y a une quarantaine d’années. J’ai tout de suite eu le sentiment d’être ici chez moi. J’avais comme une impression de déjà-vu, d’avoir retrouvé l’endroit où j’étais né. Je n’ai eu ce sentiment qu’avec deux villes : Bruxelles et Venise."

Aujourd'hui, vous y résidez depuis une vingtaine d'années. Vous avez notamment vécu sur la Grand-Place...

"Oui, j’ai habité une dizaine d’années les trois étages au-dessus du diamantaire de la Grand-Place. On est très peu à y avoir logé. Victor Hugo, moi et quelques autres. Je me baladais une fois et j’ai vu "te huur" (à louer, NdlR) sur la façade. J’ai contacté le propriétaire et j’y ai emménagé avec mes enfants."

Qu’elles y étaient vos habitudes ?

"Je m’installais dans les cafés et bars de la Grand-Place ou à l’Amigo pour y écrire. Tout le monde me connaît dans le coin. Mes enfants sont grands aujourd’hui mais à l’époque, la Grand-Place était leur jardin."

C’est un lieu très symbolique mais toujours rempli de monde. N’y avait-il pas trop de nuisances quotidiennes ?

"Vous savez, j’aime les bruits de la vie. Si je vais à la mer, j’ai envie d’entendre le bruit des vagues et à la campagne celui des oiseaux. Sur la Grand-Place, il y a le bruit des gens. Même à quatre heures du matin, il y a des gens qui y traînent et pas un voisin pour se plaindre. J’aime cette animation, ça m’inspire."

La Grand-Place est régulièrement animée par des événements, vous étiez alors aux premières loges…

"Oui, c’est génial de se réveiller le matin et de voir le tapis de fleurs de son salon. Et en hiver, j’étais toujours présent la nuit, quand ils installent le sapin de Noël. Et puis, il y a l’Ommegang et les concerts aussi. Mais il y a aussi ce moment extraordinaire où, vers cinq heures du matin, il n’y a plus un bruit. A ce moment-là je descendais sur la place avec cette impression d’être dans le cœur de mon cœur. C’était vraiment un havre de paix. Ca m’a inspiré un poème sur Bruxelles qui figure dans mon prochain livre."

Outre le centre-ville, quels autres coins de la capitale appréciez-vous ?

"L’Atomium parce qu’il a mon âge, on est tous les deux de 1958. J’aime bien Saint-Gilles et Ixelles aussi. Et Anderlecht : je me promène souvent autour du stade, c’est mon club belge favori !"