Bruxelles Le MR n’avait pas d’autre choix que l’ancienne bourgmestre de Molenbeek.

C’était un secret de polichinelle : Françoise Schepmans tirera la liste MR à Bruxelles pour les élections régionales du mois de mai prochain. Elle précède Vincent De Wolf, l’actuel chef de groupe MR au Parlement bruxellois. Le Mouvement Réformateur a annoncé l’ensemble de ses têtes de liste hier à l’issue de la réunion de son bureau politique.

Le choix de Françoise Schepmans face à son adversaire d’hier et partenaire de demain, Vincent De Wolf, s’est logiquement imposé pour plusieurs raisons. La première est tout simple : Vincent De Wolf n’avait que peu de soutien dans les rangs du MR bruxellois. Loué pour son efficacité, l’Etterbeekois est décrié pour sa façon de jouer en solo, sa faible propension à travailler en équipe… "Si on avait choisi Vincent De Wolf, je n’aurais même pas été candidat", balance un jeune cadre bruxellois.

Ce choix marque également un vrai tournant pour les libéraux bruxellois pour plusieurs raisons. C’est la première fois qu’une femme prend les rênes de la liste MR depuis la création de la Région bruxelloise. Fort de son bon bilan en tant que bourgmestre de Molenbeek même si elle n’a pas été réélue, Françoise Schepmans incarne un MR de centre droit progressiste. Toujours en lice pour le titre de meilleur(e) bourgmestre du monde, la Molenbeekoise ira très certainement chercher bien plus de voix dans l’électorat féminin que son "colistier" Vincent De Wolf.

C’est la première fois - hormis Jacques Simonet en 2004 - que le MR place une candidate installée de l’autre côté du canal. Ici, les libéraux veulent surtout changer l’image d’un parti encore aujourd’hui très "ucclois" déconnecté des réalités d’une grande partie des Bruxellois les moins aisés, de l’autre côté du canal donc.

"Elle est la seule capable de rassembler des électeurs du nord et du sud de Bruxelles", constate un candidat du sud de la Région. Dans cette même veine rassembleuse, c’est aussi la première fois, depuis Jacques Simonet là encore, que le MR affiche une ligne politique aussi "sociale" capable de capter des voix dans les classes populaires, loin de la ligne la plus conservatrice que les Bruxellois ont pu connaître avec Armand De Decker (en 2009) ou François Xavier De Donnéa (en 1995).

Au regard du dernier sondage plaçant le MR en troisième parti bruxellois derrière Ecolo et le PS, au regard de l’évolution de la population bruxelloise de plus en plus jeune et de moins en moins belgo-belge, ce petit virage idéologique présente néanmoins quelques risques.

Pour mémoire , c’est à l’époque de leur alliance avec le FDF que les libéraux (alors appelés PRL) faisaient les meilleurs scores à Bruxelles. En 1999, il dépassait les 40 % (1er parti), en 2004 - sous Jacques Simonet, le MR flirtait avec les 33 % (2e parti à quelques dizaines de voix du PS). En 2009, la liste tirée par Armand De Decker remportait le scrutin mais passait sous la barre des 30 % des voix. Enfin, lors du dernier scrutin en 2014, le MR a à peine dépassé les 23 %, deuxième parti toujours mais assez loin, cette fois, derrière le PS.

En mai prochain, l’objectif des libéraux sera surtout d’enrayer l’inexorable déclin subi depuis leur scission avec le FDF. Et de surtout éviter la troisième marche du podium…

Les libéraux veulent quatre heures de flamand pour tout le monde

Les libéraux bruxellois veulent revoir fondamentalement les réformes menées par le PS et le CDH en matière d’enseignement.

Portée par une vingtaine d’élus - Geoffroy Coomans de Brachène, Sabrina Baraka, Lucas Ducarme, Olivier Corhay, Isabelle Gobert, Didier Van Merris, Laura Hidalgo, etc. - et mise en scène par Etienne Dujardin, la réflexion du MR sur l’enseignement à Bruxelles se base sur la "réintroduction du principe d’autonomie pédagogique, de liberté de choix de l’école pour les parents et de l’autonomie de gestion pour les directeurs", note le Sanpétrusien.

Parmi les propositions issues d’un travail "mené avec les acteurs de terrain bruxellois", le MR veut ainsi ramener l’âge de l’école obligatoire à 5 ans - Sophie Wilmès l’avait déjà annoncé. Plus en détail, le projet des libéraux bruxellois vise avant tout à "garantir les savoirs de base". Ceci passe par, entre autres, "la présence de logopèdes et de professeurs d’adaptation à la langue dans les écoles" et "un cours de sensibilisation au codage dès la 4e primaire".

Sans surprise, la vingtaine d’élus bruxellois proposent d’abroger le décret inscription "tel qu’on le connaît". Concernant le Pacte d’excellence, il "doit être revu complètement". Parmi les propositions libérales, pointons leur volonté d’insister "sur les savoirs de base, à savoir le français, les mathématiques et les langues en imposant, notamment, quatre heures de néerlandais par semaine partout et en encourageant l’enseignement en immersion linguistique".

Le MR pointe également l’intérêt du redoublement et veut abroger le passage automatique en classe supérieure "si les compétences et connaissances ne sont pas maîtrisées". "Cela ne sert à rien de faire monter un élève qui ne maîtrise pas les savoirs minimums."