24 hectares de nature répartis entre Schaerbeek et Evere seront prochainement transformés en un quartier mixte et durable. Acquis par la Société d’aménagement urbain (SAU) en 2006, le site Josaphat est une ancienne gare de triage. La Région bruxelloise entend y construire environ 1 600 logements ainsi que des écoles, crèches et infrastructures sportives et culturelles. Un projet vivement critiqué par les riverains et plusieurs associations qui refusent de voir cet espace naturel se faire remplacer par du béton.

Selon les collectifs, comme le BRAL ou Natagora, le besoin de logement mis en avant par la Région il y a une dizaine d’années ne correspond plus aux besoins actuels de la capitale. Face à cette levée de boucliers, le ministre-Président Rudi Vervoort (PS) a assuré qu'un plan amendé serait mis à l'enquête publique. Mais cette démarche arrive trop tard pour les citoyens n'aient réellement leur mot à dire, estime Steyn Van Assche, collaborateur développement urbain et environnement chez BRAL.

En cause notamment : la SAU a demandé aux promoteurs immobiliers candidats de soumettre leur "meilleure offre finale" concernant la phase 1A (qui concerne la partie sud de la friche) au plus tard le 19 mars prochain. "La Région avait assuré que le PAD serait sensiblement modifié mais avec de tels délais, impulser des changements fondamentaux semble un peu compliqué. On se demande clairement à quoi va servir cette enquête publique car on a l’impression que les décisions seront déjà prises et que c’est juste pour nos beaux yeux."

"J'ai peur que ce soit trop tard pour la friche Josaphat"

Dans nos pages l’année dernière, le maître architecte de la capitale déplorait le manque de vraie participation citoyenne dans les projets urbanistiques. "A l'heure actuelle, dans la majorité des cas, on fait tout à huis clos avant de demander aux riverains ce qu'ils en pensent, constate Kristiaan Borret. Dans d’autres villes comme Anvers et Amsterdam, un département fait le lien entre ce qui se passe dans les quartiers et les professionnels de l’urbanisme. Ce genre de participation est organisée de manière structurelle, c’est ce qui manque à Bruxelles."

Un point de vue pleinement partagé par Steyn Van Assche. "C’est très clair : la culture du débat ouvert manque à Bruxelles. On est moins dans cette tradition qu’à Anvers, la façon de discuter est différente. Pour qu’il y ait une vraie participation, il faut travailler avec les citoyens en amont dans tous les grands projets et ensuite le politique prend des décisions. Pour le PAD Josaphat, on n’a eu droit qu’à une ou deux réunions juste avant l’enquête publique et on a du se prononcer sur des plans déjà finis."

Selon le bouwmeester, c’est peut-être ce manque de participation qui explique que les comités de quartiers soient aussi bien outillés. Le cas de la friche Josaphat en est un parfait exemple puisque les collectifs ont été jusqu’à élaborer un véritable projet alternatif à celui de la Région. Ce plan B, comme ils l’ont nommé, conserve une zone où construire des logements mais propose surtout de transformer la friche en un zwin bruxellois, temple de la biodiversité et lieu idéal d’apprentissage et d’observation pour les écoliers et les amoureux de la nature.

Cette alternative à la bétonisation du terrain fait de nombreux adeptes : à l’heure d’écrire ces lignes, l’objectif de 15 000 signatures de la pétition "Sauvons la friche Josaphat" est quasiment atteint. Ce succès place la pétition sur la shortliste des sujets pouvant être entendu au Parlement régional. La friche Josaphat pourrait ainsi avoir sa propre commission délibérative. Mais pour Steyn Van Assche, ce n’est pas encore gagné. "La démarche est intéressante mais il faudra voir comment sera formulée la question qui sera débattue. Il faudrait qu’elle soit plus globale que la friche. Et puis, le programme de ces commissions n’est pas établi, cela va prendre beaucoup de temps donc j’ai un peu peur que ce soit trop tard pour Josaphat."

En milieu de semaine dernière, les collectifs ont pu déposer une série de questions sur l’avenir de la friche et les prochaines échéances au cabinet du ministre-Président bruxellois. Ils attendent désormais des réponses.