"Finaliste de l’award de la meilleure équipe sécurité du Benelux, mais la direction veut nous privatiser!"

Selim et Gabriele placardent leurs affichettes sur le tourniquet d’entrée de l’hôpital Saint-Pierre.Le premier en rouge, le second en vert.Les deux jeunes hommes sont fatigués.Depuis deux semaines, ils combinent leur boulot de gardiens de sécurité, de délégués syndicaux et… de papas.

"On fait tout"

Leur mobilisation est symptomatique en cette journée de grève nationale des services publics. Le service de gardiennage de l'hôpital bruxellois est en effet sous la menace d'une privatisation. La direction en a indiqué sa volonté à la mi-mai, soutenue par le CA présidé par le socialiste Mohamed Ouriaghli. "Une trentaine d’agents pourraient passer au privé", déplore Carine Rosteleur, Secrétaire régionale CGSPALR. "Au PS, les discours du 1er mai promettent qu’on ne va rien privatiser. Mais le PS est aux manettes partout.C’est une honte ce qui se passe ici.Faut arrêter de nous prendre pour des cons".

© Julien Rensonnet

Selim travaille à Saint-Pierre depuis 12 ans. Son expertise de gardien est inestimable. "Si on voulait travailler dans le privé, on postulerait dans le privé ! On engage partout, dans la sécurité. Et l’expérience à Saint-Pierre est reconnue. Parce qu’ici on fait tout" Entrées, soutien du personnel soignant, poste de contrôle devant les écrans… Gabriele sait qu’il y a de la demande.L’événementiel propose "tout de suite des temps pleins". Les deux vigiles regrettent d’avoir accepté des salaires moins élevés en début de carrière en vue de leur pension, pour finalement se retrouver logés à la même enseigne que s’ils avaient rejoint le privé dès le départ.

"La police pour un Monsieur fâché"

Les militants rencontrés ce 31 mai sont formels: le privé n’offrira pas le même appui. "Je sais qu’ailleurs, on appelle la police pour un monsieur fâché qui ne veut pas partir", confie Selim. Gabriele: "Et la police, ils sont débordés ! Ils arriveront plus tard".Trop tard."Alors que nous, tout le monde nous connaît. On travaille en confiance. C’est une famille ici." Carine Rosteleur opine. "Les gardiens ici sont extrêmement formés à faire face à toute la violence qu’on rencontre dans un hôpital comme celui-ci. Encore la semaine passée, un patient qui débloque a traîné une infirmière par les cheveux, dans le couloir !" Les syndicats pointent "une position dogmatique de la direction". D’après Carine Rosteleur, celle-ci n’aurait "aucune idée de ce que l’opération va coûter. Ça n’entre pas en ligne de compte." Elle est rejointe par Benoît Lambotte, Secrétaire régional bruxellois de la CSCServices publics."Saint-Pierre, c’est l’exemple flagrant d’une faillite des services publics. Ça coûte cher, ça nous emmerde: on balance au privé et au revoir! C’est typique.Alors que tout le monde applaudissait pendant la crise sanitaire." De plus, ce recours au privé pourrait avoir des conséquences sur les autres services.On craint "burn-out, congés maladies…"

"Confiance rompue"

© Julien Rensonnet

Devant l’hôpital, on pointe enfin un service public à la négociation rouillée. "On y est en retard sur le privé", souligne Benoît Lambotte. "Le privé signe des conventions collectives tous les deux ans. C’est pas le paradis, mais ça permet d’avancer. Dans le public, aucun mécanisme similaire n’est prévu. Le dialogue social tombe en déliquescence. Les dossiers traînent" Comme les pensions, pointées ce 31 mai par les syndicats. Carine Rosteleur va plus loin: "À Saint-Pierre, la confiance est rompue. On négociait. On n’a jamais entendu parler d’externalisation. Et puis ça. La direction va-t-elle menacer de privatiser à chaque conflit social?"

Rouges et verts craignent déjà qu’on commence par nettoyer… le service de nettoyage.