Que se passe-t-il derrière les rayons de l'iconique librairie bruxelloise Filigranes ? Les employés dénoncent en tout cas un management agressif, des cas de harcèlement sexuel, de l'humiliation en public et de la surveillance abusive.

La chaîne de télévision bruxelloise BX1 a publié ce matin des témoignages d'anciens employés, d'employés en burn-out ou démissionnaires, et certains témoignages sont extrêmement inquiétants. Des heures supplémentaires ne seraient pas payées, des sautes d'humeur violentes et récurrentes du patron Marc Filipson, et l'absence de syndicats et de protection des employés sont notamment mis sur la table. 48 des 95 équivalents temps plein ont donc décidé de porter plainte auprès du secrétariat social Securex, il y a trois mois. Le CA de la librairie avait trois mois pour répondre, ce qu'il a fait la veille de la date limite, niant une majorité de faits.

Refus de changer de commission paritaire

Le twist vers ce management agressif et mettant à mal le bien-être des employés se trouve peut-être en 2016. Les employés de la librairie sont sur commission paritaire 201, ce qui correspond à un petit commerce indépendant. L'entreprise ayant grandi, les travailleurs demandent à passer à la commission paritaire 311, adéquate aux grands commerces. Le turn-over important ne permettait pas spécialement que 25% du personnel se syndiquent. Une nouvelle tentative a été réalisée en 2020, mais n'a finalement toujours pas abouti.

L'instauration récente de caméras de surveillance et d'un nouveau logiciel de management pose également problèmes aux employés, qui affirment se sentir espionnés via ces outils. Mais malgré tous ces manquements aux droits des travailleurs, c'est bien le comportement du patron Marc Filipson qui pose problème, dont certains qui se confient à BX1. “Il m’a bloqué dans un coin pour me crier dessus durant 20 minutes. Je suis ressortie tremblante et en pleurs.” “Il a fait pression sur moi en utilisant la dépression de ma compagne devant tout le personnel de mon département. On dirait qu’il a des bouffées délirantes.”

Harcèlement sexuel et burn-out

Une méfiance s'est installée chez les employés de Filigranes, notamment à cause de comportements de harcèlement sexuel ou de remarques déplacées sur le physique de collaborateurs. Un ancien employé raconte, toujours à BX1, "Marc trouvait cela très drôle de me mettre la main à l’entrejambe. Après quelques fois, je lui ai demandé d’arrêter. Je lui ai dit que je porterais plainte s’il continuait. J’ai été très ferme et il a arrêté jusqu’à une fête du personnel où il était ivre". David, l'employé, raconte également que Marc Filipson lui proposera un billet de 100 euros le lendemain, pour "acheter mon silence".

Cet environnement néfaste a donc créé des malaises chez les employés, dont beaucoup son en arrêt maladie prolongé, en burn-out, ou démissionnent. Récemment, un directeur opérationnel pour faciliter la relation entre direction et employés a été engagé, mais c'est également au niveau des rayons que le personnel manque, ce que la librairie reconnaît.

La réponse du CA

Le Conseil d'administration de la libraire, qui défend son patron, demande à Securex de préparer une analyse de risque de la situation. Il envisage également, afin d'harmoniser les relations de travail, un coaching collectif. Pour le CA, les caméras n’ont pas vocation de surveiller les travailleurs et ne sont en principe pas utilisés à cet effet.

Dans sa lettre à Securex, le CA précise également que Marc Filipson est "clairement un patron exigeant mais ses remarques sont souvent parfaitement justifiées. Son franc-parler et sa personnalité exubérante l’amènent cependant parfois à ne pas utiliser toutes les formes requises, ce sur quoi il a conscience qu’il doit travailler. […] Il a dès lors été particulièrement heurté de lire que des travailleurs auraient rapporté l’existence d’insultes, de menaces ou humiliations, de remarques sexistes, racistes ou grossophobes… M. Filipson est quelqu’un de très ouvert, tolérant et ne se reconnaît pas du tout dans ces reproches.”

De son côté, Marc Filipson n’a pas souhaité échanger avec nos confrères de BX1. Il leur a juste signalé que “le conseil d’administration et mes avocats ont répondu à cette plainte. Il n’y a jamais eu ni harcèlement moral ni sexuel chez Filigranes”.