Elle se dit "vraiment honorée", Huguette Thielemans. Honorée que dès ce printemps, Bruxelles sifflote des airs d’harmonica pour fêter le centenaire de son défunt mari . Toots aurait en effet dû souffler sa 100e bougie ce 29 avril. "Je vais sans doute être triste car je vais souvent l’entendre et le voir, sans plus participer à sa vie. Il me manque énormément", reconnaît la citoyenne de La Hulpe. "Mais tout ça le fait revivre".

"Tout ça", c’est d’abord et avant tout une expo exceptionnelle qui s’ouvre ce 22 avril à la KBR (ex-Bibliothèque Nationale). Instruments, passeports, partitions, livre de noblesse, clichés…: elle rassemble des dizaines d’objets. Dont le dernier harmonica de la vedette (ci-dessous). Huguette Thielemans y a apporté une note majuscule. "J’ai donné instruments et archives", confirme-t-elle. Ce don à la KBRet au Musée des Instruments de Musique a suivi le décès de la star du jazz, en 2016. En font partie 5 harmonicas, sa première guitare, et une Gibson sur laquelle il jouait dans son appartement new-yorkais. "J’ai quand même gardé deux guitares, pour les voir, vivre avec.Celles-là, je les ai prêtées". Émue, Madame Thielemans espère que les visiteurs "rentreront un peu dans la vie de Toots, apprendront à mieux le connaître, car c’était un homme incroyable". Ce que souligne par exemple une lettre signée Barack Obama." Je le dis: s’il m’arrive quelque chose, je donne tout au musée", promet la veuve.

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Dans la mémoire d’Huguette Thielemans, Bruxelles reste la ville des soirées de concerts, des rencontres, dans les grandes salles comme dans les caberdouches. "Il aimait bien sa ville.On allait dans les restaurants, retrouver ses amis. En backstage, il était toujours bien entouré.Moi je faisais partie de la bande.Je devais un peu le partager". Dans cette petite musique de nuit, le couple faisait un joli duo."J’étais public relation.Lui était plus timide.Il aimait voir du monde après les concerts mais restait plutôt solitaire".

Village

Le rythme de cette partition endiablée ralentit avec les années. "On a vécu partout. Dont 30 ans à New York". En 1991 ainsi, les iconiques lunettes épaisses se croisent à La Hulpe. "Sur la fin, il préférait le calme.On était très village. On était très heureux là-bas. Toots y a même été mis à l’honneur avec une statue." Ce bronze grandeur nature assis sur un banc a été inauguré en 2018.

Outre l’expo, des dizaines de concert marqueront le siècle de l’harmoniciste génial. Dont un exceptionnel rendez-vous le 29 avril à Bozar, date anniversaire du compositeur de "Bluesette". Et un lendemain qui chantera partout dans Bruxelles, du Mont des Arts à la Grand-Place en passant par le parc. "Je me réjouis d’être là. On va parler de lui. Il sera à l’honneur", sourit Huguette. "Des fans invétérés du monde entier en seront. Certains étaient devenus ses amis. Ils l’appelaient “papy”". Parmi eux, beaucoup viennent…de Suède, où Toots a séjourné et tourné avec des stars américaines dès les années 50. Sa moustache y était d’ailleurs reconnue bien avant qu’elle le soit dans les rues de Bruxelles. "Ça remonte à ses premières années de carrière: il a assuré la musique de dessins animés.Et même des doublages. À tel point que les Suédois le pensaient leur compatriote." C’est qu’en bon Marollien, le jazzman parlait un joli melting-pot. "Il adorait les langues. On a tenté d’apprendre le japonais, mais on a vite abandonné".

Une langue que Toots Thielemans ne parlait pas, c’est celle…des chiens. "On avait des jacks et des chihuahuas. Quand Toots faisait ses gammes, les chiens hurlaient. C’est toujours le cas dès qu’ils entendent le son de l’harmonica quelque part. Parfois, quelqu’un m’envoie une mélodie de Toots. Les chiens deviennent fous".
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