Il y a bien un problème de racisme et de sexisme au sein du corps des pompiers bruxellois, constate le bureau d'études More Business Consulting dans son audit du Siamu en matière de diversité, de discrimination, de racisme et de sexisme présenté ce matin au parlement bruxellois.

"Il ressort des témoignages qu’il est question de manière indiscutable au sein du Siamu d’un problème de racisme et de discrimination envers les personnes avec historique migratoire. Des témoins confirment que c’est surtout la communauté musulmane et les personnes ayant une peau de couleur foncée qui sont visées", expliquent les auteurs de l'étude sur base d'un questionnaire en ligne auquel a répondu 36% du personnel du Siamu (479 personnes).

"Selon les témoins, le problème se situe surtout au niveau du cadre opérationnel et de plusieurs niveaux hiérarchiques dans plus d’une caserne ou équipe. Il est question de racisme et de discrimination aussi bien entre collègues qu’envers les citoyens. Il s’agit selon les témoignages d’un nombre limité de membres du personnel qui est cependant très clairement présent au sein de ce cadre opérationnel, et dans un nombre limité d’équipes."

Un fort sentiment d'impunité

Le bureau d'études a récolté de nombreux témoignages également. Nombre d'entre eux ont signalé des incidents de racisme. "Il ne s’agit pas seulement de cas de harcèlement moins lourds, mais aussi de faits de harcèlement poussés qui n’ont jamais été notifiés de manière formelle. Ce comportement inapproprié est une fois encore passé sous le couvert de l’humour. Selon plusieurs témoins, il est question non seulement de discrimination historique, mais aussi et toujours de discrimination récente envers certains groupes au sein des pompiers. (...)

"Ces témoins partagent la perception que ces groupes ont moins d’opportunités pendant la formation, mais aussi que les personnes avec un historique migratoire ont moins de chances de promotion. À titre d’exhaustivité, on remarque également que des témoins avec ou sans historique migratoire infirment ces hypothèses, et que ce n’est pas ce qui ressort des procédures de sélection et d’avancement formelles.

More Business Consulting relève également une forte perception d'impunité au sein du Siamu. "C’est ce que nous confirment des témoins du cadre de base, du cadre intermédiaire et du cadre supérieur. La direction du corps et le supérieur hiérarchique n’agissent selon eux pas de manière adéquate et conséquente. Les victimes ont été et sont découragées par des collègues et supérieurs hiérarchiques d’introduire une plainte formelle. Après le démarrage d’une procédure disciplinaire, la suite du déroulement est obscure pour les membres du personnel, et il est selon eux très fréquemment question d’erreurs. (...) Les (possibles) auteurs se sentent intouchables et les victimes n’osent pas notifier d’incidents."

Une "culture militaire dépassée"

Les interviews réalisées par le bureau d'études révèlent encore un important manque de confiance de la part des troupes envers les officiers et sous-officiers dirigeants, et la direction du corps. "Il y a une perception que la direction du corps sous-estime, minimise et/ou banalise la problématique du racisme, du sexisme, etc. Les témoins perçoivent un manque d’implication de la part de la direction du corps (perception de la tour d’ivoire) et estiment que la direction du corps n’a pas assez conscience de la gravité des incidents, notamment en raison de la trop grande distance qui s’est formée entre la base et le sommet. Selon eux, la direction du corps ne fait pas suffisamment preuve de détermination et/ou de combativité pour aborder les incidents de manière conséquente. La perception que les membres du cadre intermédiaire et du cadre supérieur n’ont pas assez de qualités en gestion du personnel est très présente. Les témoins parlent de culture militaire dépassée dans laquelle les supérieurs hiérarchiques appliquent une politique de "command & control" dans le cadre de laquelle les membres du personnel ne peuvent poser aucune question, mais sont réputés exécuter des ordres."

Quatre personnes interrogées sur dix pensent qu'on peut faire des remarques ou blagues sexistes, racistes, etc.

Selon le sondage, 70 % des personnes interrogées de sexe féminin du cadre opérationnel ont déjà été la victime ou le témoin d’incidents sur le lieu de travail. Plus interpellant encore, trois personnes interrogées sur dix pensent qu’on ne doit pas pouvoir faire des remarques ou blagues sexistes, racistes et/ou sur la communauté LGBT, tandis que quatre sur dix pensent qu’on doit pouvoir le faire. (..) Davantage de personnes interrogées néerlandophones et des hommes pensent qu’on doit pouvoir le faire...

L'attitude de certains syndicats pointée du doigt

"Plusieurs témoins ont, dans ce contexte, soulevé l’attitude des différents syndicats. Ils estiment que les organisations syndicales ne prennent pas assez leurs responsabilités lorsque les membres font l’objet de discrimination et adoptent des points de vue, même sur les réseaux (sociaux), qui mettent inutilement de l’huile sur le feu. Divers témoins nous ont informés que les organisations syndicales n’agissent pas du tout de manière constructive dans ce contexte. Ce qui a une influence négative sur le moral du personnel et sur la collaboration interne au sein du SIAMU, et creuse le fossé avec les collègues et citoyens."