Ce jeudi, la communauté italienne s’est remémorée son arrivée à Bruxelles.

Pour Edoardo, Alexandrina et Teresa, ce jeudi marque une date importante de leur histoire  : il y a 70 ans, le 23 juin 1946, l’Italie et la Belgique signaient l’accord hommes contre charbon, un texte qui lançait le début officiel de l’immigration italienne dans notre pays.

“Après la Seconde Guerre mondiale, les Belges ne voulaient plus mettre les pieds dans les mines. Les autorités ont pourtant essayé de les convaincre car le charbon était indispensable au redémarrage de l’économie, mais rien n’y a fait”, explique Anne Morelli, historienne d’origine italienne. Les Italiens débarquent alors par milliers pour les remplacer dans l’obscurité des galeries.

Un transfert qui ne se fera pas sans mal puisqu’ils seront victimes de racisme durant des dizaines d’années.“J’ai subi beaucoup de réflexions désagréables de la part des forces de l’ordre et des professeurs quand j’étais plus jeune, ça m’a miné”, se souvient Alexandrina Loretani, 60 ans.

Après la catastrophe du bois du Cazier qui a tué 262 personnes en 1956, la Belgique rompt l’accord et cherche de nouveaux partenaires. De leur côté, de nombreux Italiens de Wallonie déménagent à Bruxelles. L’Expo 58 et les nombreuses usines de Molenbeek et Anderlecht réclament de la main d’oeuvre bon marché.

C’est dans ce contexte qu’arrive la Sicilienne Teresa Butera, 17 ans à l’époque. “Je suis venue pour travailler dans le textile et la maroquinerie. Je rejoignais une partie de ma famille qui s’était implantée à Anderlecht, dans le quartier de Cureghem. C’était un ghetto : les ruesétaient sales, les maisons délabrées et le travail extrêmement pénible. À l’époque, je détestais la Belgique, je voulais rentrer en Italie, se souvient-elle.

Mais tout a changé quand elle a fait la connaissance de l’association italienne Casi-uo, dont elle est désormais responsable. “Grâce à elle, j’ai pu reparler italien. On y discutait de politique, on essayait de comprendre le monde qui nous entourait, on apprenait à ne plus se cacher, mais à être fier d’être un immigré italien”, raconte-t-elle.

Comme Teresa, les 92.000 Italiens et Belges d’origine italienne de Bruxelles ont dû apprendre à accepter ces deux facettes de leur identité. “Les enfants de la 3e et 4e génération cherchent maintenant à se réapproprier la culture de leurs parents”, explique Anne Morelli. Alexandrina le confirme  : “Ma fille revendique son quart italien !