"Regarde, il y a encore de la fumée !" Il est 11 heures passées et les pompiers sont toujours à l’œuvre dans l’habitation qui a pris feu rue Heyvaert à Anderlecht. Côté Delacroix, impossible de passer, des agents de police empêchent toute circulation vers le lieu du sinistre. Plusieurs riverains se sont donc réunis de l’autre côté, encore sous le choc de ce dont ils ont été témoins dans la nuit de dimanche à lundi.

"Il était 3h30 environ quand on a vu un énorme nuage de fumée sortir par le toit d’une maison, c’était impressionnant ! Mon fils m’a dit "Papa, ça pue le brûlé". J’ai regardé par la fenêtre et j’ai vu que ce n’était pas chez nous, heureusement. Au début, je croyais que c’était plus haut parce qu’il y a des drogués. Quand ils fument, ils s’endorment et peuvent laisser cramer quelque chose. C’est après en montant que j’ai vu que ça venait de la rue Heyvaert", raconte Najim. S’il était réveillé aussi tôt, comme de nombreux autres habitants du quartier, c’est parce qu’il fait ramadan. "Beaucoup de monde était debout pour manger avant le lever du soleil. J’ai entendu beaucoup de cris de femmes et vu un enfant évacué comme un cadavre. Heureusement que les gens ne dormaient pas. Si ce n’était pas ramadan, ça aurait pu être catastrophique !"

L’incendie s’est déclaré vers 3h du matin et s’est propagé en intérieur d’îlot jusqu’à une réserve difficile d’accès et contenant du papier. Il a été totalement maîtrisé à 10h30 mais a nécessité la présence des soldat(e)s du feu jusqu’à 14h. "Ca fait plus de sept heures qu’ils travaillent, c’est long !", lance, impressionné, un groupe de riverains observant des pompiers occupés à déblayer le deuxième étage de l’habitation sinistrée. "On a reçu un message vers 8h ce matin pour nous prévenir de la situation. Il nous disait de ne pas sortir, de bien fermer les fenêtres, etc."

Le bilan s’alourdit

Sous les regards du petit groupe, une camionnette de la Croix-Rouge quitte les lieux vers 11h20. "Allez, on va dormir !", souffle l’un des soignants en refermant sa portière. Le premier bilan annoncé de 24 personnes hospitalisées dont trois dans un état grave s’est rapidement alourdit. Le porte-parole des pompiers de Bruxelles Walter Derieuw a précisé que quatre pompiers ont été légèrement blessés. "Trois pompiers ont été intoxiqués et un autre brûlé au dos et à la nuque." A 12h30, le parquet de Bruxelles a fait état d’un mort et de treize personnes encore à l’hôpital, dont quatre dont les jours sont en danger.

En début d’après-midi, le bourgmestre d’Anderlecht Fabrice Cumps (PS) indique qu’une personne est décédé. "Il faudra du temps pour l'identifier." Trente personnes sont par ailleurs blessées et un enfant se trouve dans un état critique. "Le feu qu’il y avait, c’était énorme ! Tout a brûlé d’en haut jusqu’en bas. Malheureusement ça ne m’étonne pas qu’il y ait des blessés graves", commente un habitant de la rue. Un autre, gérant d’un magasin de chaussures situé juste à côté de l’habitation sinistrée, s’inquiète pour son commerce. "La rue est bloquée dont les magasins sont fermés. C’est encore un jour de perdu !", déplore-t-il, espérant ne pas retrouver ses stocks endommagés.

"Vous devez faire le tour par-là." S’interrompant soudainement, les riverains orientent un couple souhaitant accéder au bout de la rue Heyvaert. "Il faut passer par la chaussée de Mons, ailleurs, tout est bloqué", expliquent-ils au couple dépité. Sur la chaussée de Mons, ce sont les agents de la police locale Bruxelles-Midi qui se chargent de la circulation. La rue du Compas est inaccessible. « Il y a des particules toxiques à cause de la fumée donc je ne peux pas vous laisser passer, désolé », indique un policier en barrant la route d’une passante. A hauteur de l’avenue Clemenceau et de la rue Ropsy Chaudron, d’autres agents redirigent les voitures, les obligeant à poursuivre sur la chaussée de Mons.

A 14h, le plan médical d’intervention a été levé et le gros des forces a quitté les lieux mais le déblais était toujours en cours. Quatorze familles et quatre personnes isolées sont prises en charge par la commune et relogées à l’hôtel. "Six personnes ont été accueillies au commissariat durant la nuit. Vers 8h30 ce lundi, une salle communale a été ouverte rue Rossini pour offrir un accueil plus digne aux victimes et notamment aux enfants. Une équipe du CPAS était sur place pour les accompagner. La salle est désormais fermée car tout le monde est relogé à l’hôtel. Une partie des victimes pourra retrouver son logement dans les prochains jours. Le bâtiment incendié est lui tout à fait inutilisable", précise le bourgmestre.