Pour une partie des riverains et associations de quartier, les incidents qui ont eu lieu dans les Marolles ces derniers jours témoignent d'une rupture de dialogue entre les forces de l'ordre et la population.

"Il faut que la police fasse plus de rondes dans le quartier mais sans provoquer les jeunes. Ces derniers temps, le nombre de contrôles a augmenté mais pas de manière respectueuse puisque les mêmes agents contrôlent plusieurs fois les mêmes jeunes sur la même journée. Certains arrivent et vous poussent directement ou vous parlent mal. Quand des policiers disent aux jeunes de dégager, les jeunes leur répondent de la même manière. Sauf que les policiers sont intouchables alors que les jeunes vont être poursuivis pour insulte à agent", déplore Tijani, qui habite dans le quartier depuis près de 30 ans.

Discutant en bas de son immeuble, Saïd pointe lui aussi un manque de dialogue entre policiers et riverains. "En ce moment, les contrôles sont incessants. Les policiers viennent taper à la porte des gens à minuit avec leur matraque. Bien sûr que ça fait peur aux gens et que ça n'instaure pas un climat de confiance !"

Bruno Frère, de l'association Jeunes Ambition Marolles (JAM) constate également une recrudescence des contrôles policiers. "On a été voir Philippe Close (PS) en mai dernier à cause des problèmes relationnels avec la police. Les agents tapaient des amendes Covid à la tête du client, alors que les jeunes vivent dans des petits appartements et n'ont pas de parc dans le quartier. Forcément, les contrôles dégénéraient, je me rappelle encore de Jason qui a eu des cheveux arrachés. A l'époque, le bourgmestre avait apaisé les choses et on a passé un été tranquille. Mais récemment, la situation s'est à nouveau dégradée."

Ce week-end, c'est un contrôle trop brutal qui aurait mis le feu aux poudres. "Les jeunes m'ont raconté qu'un père de famille a été maltraité par la police devant ses proches. Pour eux ça a été la goutte d'eau. Mais la police a quitté les lieux et ce sont les pompiers qui sont arrivés. Les jeunes ont confondu les corps de métier et s'en sont pris à eux. Ces incidents témoignent d'un vrai malaise, ils ne brûleraient pas leur quartier sans raison."

Le travailleur social établit toutefois une distinction entre les différents services de police. "On n'a pas de problème avec la police des Marolles, qui connaît le quartier et ses habitants. Le problème, il vient des policiers qui viennent de Gand, d'Anvers ou de Charleroi : ils arrivent à Bruxelles en pensant que c'est Chicago. Du coup, il y a des tartes qui volent, des bras cassés, le tout en toute impunité. Et ce n'est pas organiser des matches de foot entre jeunes et policiers qui va changer les choses : il faut que les agents soient polis avec les gens. Reconstruire une relation de confiance prendra du temps mais si chacun y met du sien, cela ne demande pas grand-chose."