Il faut savoir qu'en période normale, les trois transferts de détenus depuis les établissements pénitentiaires vers les palais de justice s'effectuent dans des fourgons cellulaires à raison de dix à chaque navette.

C'était encore le cas en début de semaine, ainsi au palais de justice de Bruxelles où des procès se poursuivaient, et même un procès d'assises, comme si la justice ignorait la situation sanitaire qu'affronte le pays .

Mardi matin, on pouvait croiser Olivier Martins, bien obligé de plaider pour assurer la défense de clients puisque des tribunaux refusaient encore d'interrompre. Et des détenus furent transférés par nombre de dix.

Mercredi, les transferts de détenus préventifs vers le palais de justice se sont poursuivis mais le nombre de détenus a été réduit à trois ou quatre par fourgon, alors qu'un espace minimal de dix mètres carrés par personne était recommandé. Au palais, maître Nathalie Gallant a dû assumer cinq plaidoiries d'affilée en chambre du conseil, cet endroit où se décide la mise en liberté éventuelle des détenus préventifs.

Mais donc, des détenus continuaient d'être extraits de la prison de Saint Gilles et étaient transférés dans des conditions non souhaitables.

Ce jeudi matin, la prison de Saint Gilles ne délivre plus de détenus , "sauf sur réquisitoire du tribunal", relate un responsable. "Il n'y a pas eu de transfert vers le palais de justice ce matin. On a enfin compris. La justice fonctionne encore comme à l'âge de la pierre. Voyez ces dossiers papier à une époque où tout est informatisé. Et cette obligation de transférer des détenus en pleine crise sanitaire, alors qu'on pourrait employer la visioconférence. "

Me Yannick De Vlaemynck est le dernier pénaliste aperçu au palais. Quelques rares avocats portent le masque. C'est cocasse , et même complètement surréaliste, dans ce bâtiment vide, mais le personnel d'entretien continue de nettoyer. Elles sont vingt-six à frotter et épousseter comme si de rien n'était. La police également présente a même dû intervenir ce matin pour les forcer à maintenir la distance sociale entre chacune. Elles étaient vingt-six à discutailler dans la salle des pas perdus, la question étant de savoir qui viendra travailler la semaine prochaine... Elles n'étaient pas d'accord entre elles et le ton a monté, un responsable de la sécurité a dû disloquer le groupe.