Sous le marché couvert des Abattoirs d’Anderlecht, les bénévoles de Cultureghem remballent leur cuisine ouverte. Tous les matins, avec les invendus du marché, ils et elles luttent contre le gaspillage et préparent des plats sains pour les plus démunis. Parmi les travailleurs présents aujourd’hui, Léger se dépêche de ranger pour arriver à l’heure à son cours de néerlandais. Bénévole pour Cultureghem depuis un an et demi, il est rapidement devenu l’un des chefs cuistot du groupe. "A la base, je n’étais pas cuisinier mais c’est vrai que j’ai toujours aimé ça. J’ai appris en travaillant. On trie les aliments qu’on récupère et on prépare de tout, des plats végétariens, des jus, etc. On peut faire parler notre créativité, inventer de nouveaux plats et découvrir la culture des autres, chacun apporte sa touche."

Mardi, un énorme portrait de lui sera affiché sur le mur menant au parking le long du canal, vers la station de métro Delacroix. Et il ne sera pas le seul : au total, ce sont pas moins de 184 portraits des travailleuses et travailleurs du site des Abattoirs qui seront ainsi mis en lumière dans le cadre du projet Inside Out. Le concept de cette initiative internationale de street art est simple : rassembler des personnes liées par une idée, une expérience ou un lieu pour en faire des portraits exceptionnellement grands à accrocher dans un endroit visible par tous et toutes. "Les Abattoirs, c’est des centaines de travailleurs qui sont très peu visibles dans la société et qui ne sont mêmes pas toujours visibles les uns pour les autres au sein du site. Par exemple, les personnes qui travaillent à l’abattage ont des shifts hyper tôt le matin, ils partent quand nous on arrive donc on ne se connaît pas. Et avec la crise, les gens sont devenus encore plus invisibles. Notre objectif est donc de les mettre en avant", explique Anne Watthee, de Cultureghem.

Le postulat de départ du projet : l’Abattoir est un lieu inclusif où tout le monde a sa place. Les travailleurs et travailleuses qui font vivre le lieu ont pu se positionner par rapport à cette affirmation. "Certains n’étaient pas d’accord et n’ont donc pas souhaité participer au projet, et c’est très bien aussi. D’autres ne voulaient pas voir leur tête affichée dans l’espace public." Près de 200 personnes ont accepté de participer à l’initiative, dont Léger. "C’est bien parce qu’on essaie de faire vivre ce lieu qui est très ancien. C’est un petit village dans la ville, il est très grand mais parfois ça ne suffit même pas à accueillir tout le monde."

Barry s’est aussi prêtée au jeu. Elle travaille comme femme de ménage sur le site depuis plus de dix ans. "C’est un beau projet pour l’Abattoir parce que ça permet d’en parler de manière positive. Il y a une belle ambiance entre nous et je pense que l’événement nous permettra de rencontrer les personnes avec qui on n’a pas le temps de discuter au quotidien, ça va renforcer la bonne entente générale entre travailleurs et travailleuses." Demain, les portraits seront ainsi affichés sur les murs du site. L’occasion pour les travailleurs de découvrir leur portrait et de partager un moment de convivialité tous ensemble. Ils recevront également leur photo en version carte postale. Le grand public pourra quant à lui les observer de plus près lors du prochain marché. Si Barry a hâte de voir le sien, Léger avoue de son côté avoir triché. "Je l’ai vu, j’ai un beau sourire dessus !", confie-t-il, à moitié coupable.