Montés en 1984, ceux-ci n'ont jamais pu servir à la rénovation des 18.000 mètres carrés de façade de l'édifice dont l'Etat belge est propriétaire. Le secrétaire d'État en charge de la Régie des bâtiments Mathieu Michel, présent mardi sur le chantier, affirme en faire une de ses priorités. Les échafaudages doivent d'abord être renforcés et adaptés (par l'entrepreneur Monument Vandekerckhove; coût: 1,5 millions d'euros) pour assurer l'exécution de l'étude de restauration et la restauration même de la façade, qui commencera "dans quelques mois". L'ancrage des pierres de façade doit aussi être examiné et on déterminera comment améliorer la qualité énergétique des châssis (4.600 mètres carrés) et utiliser l'énergie de manière durable.

Après l'étude menée par Perspectiv architecten, les permis et attestations nécessaires seront demandés et la procédure d'attribution des travaux pourra alors débuter. Le coût total de la restauration des façades est actuellement estimé à un peu plus de 87 millions d'euros.

La première phase des travaux comprend la restauration de la façade du côté de la place Poelaert, en ce compris le péristyle et l'esplanade à l'avant du Palais de Justice, ainsi que le socle de la coupole. La fin de cette partie du vaste chantier est prévue pour fin 2023.

Les autres façades (rue des Minimes, rue aux Laines et rue de Wynants) suivront et le Palais de Justice devrait être totalement libéré de ses échafaudages en 2030.

La société qui devait faire les travaux de rénovation dans les années '80 a fait faillite, explique Mathieu Michel.

"Ce n'est pas un bon signal de gestion publique cohérente et efficace que de laisser pendant 40 ans des échafaudages sur un édifice dont on n'a même pas fait les travaux. Nous voulons vraiment d'une justice qui ne soit pas en travaux. Derrière l'ambition symbolique, il y a également l'objectif de décarboner le bâtiment", a-t-il encore souligné.

La restauration de l'intérieur du Palais de Justice est également prévue mais dépendra du programme des besoins du SPF Justice qui sera consulté à l'été 2021 pour désigner un bureau d'études avec la Régie des bâtiments. L'objectif est d'effectuer la rénovation en plusieurs phases afin que le Palais de Justice reste opérationnel.

Le secrétaire d'Etat estime que les travaux seront achevés d'ici 2040. Il évoque un budget d'une centaine de millions d'euros.

Toujours considéré comme le plus grand Palais de Justice au monde avec ses dizaines de milliers de mètres carrés de surface -dont 14.000 d'espaces de bureau et de plaidoiries-, c'est un "bâtiment hors norme et extrêmement bien conçu", a jugé Laurent Vrijdaghs, administrateur général de la Régie des Bâtiments.

Le but de ces travaux est aussi "de rendre à Poelaert ce qui appartient à Poelaert (ndlr: l'architecte Joseph Poelaert). On a violé ce bâtiment pendant des décennies en couvrant des cours intérieures pour en faire des salles d'audience afin d'optimaliser l'espace, ce qui n'était pas la meilleure idée à l'époque. Poelaert avait en réalité conçu ce bâtiment de manière admirable; il amenait la lumière jusque quasi dans les sous-sols. On va réfléchir à cela évidemment."

Ce n'est que fin 2016, après plusieurs années de débats, que le sort du Palais de Justice fut scellé concrètement: il resterait un édifice à vocation purement judiciaire. Le gouvernement Michel était ainsi revenu sur le master plan adopté par son prédécesseur en 2013, à l'initiative de la ministre de la Justice de l'époque, Annemie Turtelboom, et qui prévoyait aussi des galeries commerçantes dans le sous-sol du bâtiment historique.