Ils étaient venus pour protester contre le pouvoir en place au Cameroun et exigeaient la libération d’une centaine de prisonniers politiques. Le militant Guea Gnosse Gaetan, qui sera arrêté quelques minutes plus tard, nous confie par téléphone juste avant l’action que “l’ambassade reste leur seul lieu d’expression ici en Belgique.” L’objectif était de parler à l’ambassadeur.

Le déroulé des évènements

Vers 11 heures, les militants entrent dans l’ambassade et en bloquent l’accès de l'intérieur. La police arrive sur place quelques minutes plus tard. Un agent présent sur place nous affirme alors ne pas avoir le droit d’entrer pour le moment sur le sol de l’ambassade. C’était l'objectif des manifestants mais finalement la police a eu l'autorisation d'entrer.

Selon une militante présente à l'intérieur, un groupe de police est passé par une porte que les militants n'avaient pas bloquée.

Sarah Frederickx, porte parole de la zone de police Bruxelles Midi corrige cette version. "Un seul policier est entré pour négocier avec l'accord du chargé de mission de l’ambassade. L’ambassadeur n’était pas sur place.”

© Maël Duchemin

Après les négociations, les opposants finissent par retirer les chaînes qui entravaient l’entrée principale et sortent du bâtiment. Bilan de l’intrusion : aucun blessé et une évacuation dans le calme selon la police et les militants.

Malgré ces affirmations, Cyril, venu d’Autriche pour refaire son passeport et présent à l'intérieur au moment de l’intrusion, nous avoue avoir pris peur en entendant les militants entrer : “J’ai couru et je me suis enfermé dans une pièce."

Une fois dehors, les choses s’enveniment

Pendant le blocage de l’ambassade, plusieurs dizaines de ressortissants camerounais venus effectuer des démarches s'impatientent sur le quai de l'arrêt du tram 42 Darwin, juste en face du bâtiment.

© Maël Duchemin

Lorsque les militants sortent vers 11h40, le ton monte entre les deux groupes. La police intervient alors et procède à dix arrestations.

Les revendications : libération avant la Coupe d'Afrique des Nations

Le 22 septembre 2020 au Cameroun, des manifestations se sont déroulées contre le pouvoir du président Paul Biya. Elles avaient débouché sur de nombreuses arrestations. Le 27 décembre 2021, une partie de ses opposants a été jugée au Cameroun et certains ont écopé de peines de 7 ans d’emprisonnement.

Une militante présente pour l'intrusion dans l'ambassade ce matin nous explique : “ Nous exigeons la libération des prisonniers politiques. Ils viennent d’être jugé pour leur participation à une manifestation pacifique … Nous voulons cette libération avant le début de la Coupe d’Afrique des Nations qui sera lancée le 9 janvier au Cameroun.” Un autre militant ajoute alors “Il [ Paul Biya, NdlR ] veut montrer un beau visage du pays avec cet événement alors que des zones sont encore en guerre. La répression contre l’opposition continue.”

Alain, qui attend depuis deux mois son rendez-vous pour refaire son passeport, a observé le blocage à bonne distance. 'Je comprends les revendications, il y a trop de corruption au Cameroun alors que l’on est un pays riche. Le président est au pouvoir depuis 40 ans. Les revendications sont légitimes tant que les actions sont pacifiques.” Il regrettera tout de même que l’intervention militante le bloque dans ses démarches administratives.

Au commissariat central d’Anderlecht, Sarah Frederickx nous confirme que dix personnes sont en garde à vue et que des PV sont en train d’être dressés pour dégradation et violation de domicile. En juin dernier des militants de la BAS (Brigade anti-sardinards, une référence au sandwich distribué lors des meeting de Paul Biya) présents également ce jeudi, avaient déjà bloqué la même ambassade.