Le projet de règlement prévoyant d’expulser les familles de jeunes commettant de nombreux délits fait débat

La société de logements sociaux du Foyer jettois souhaite, dès 2016, pouvoir expulser les familles des jeunes délinquants récidivistes. C’est Sudpresse qui révélait la semaine dernière que le conseil d’administration planche actuellement sur une modification du règlement intérieur visant à faire face aux délits commis sur place et de manière répétée par des jeunes habitants.

Un service de médiatisation serait d’abord prévu pour aider les parents à mieux gérer leurs enfants, mais après plusieurs récidives, le Foyer jettois lancerait une procédure d’expulsion devant le juge de paix.

Si un tel dispositif existe déjà dans d’autres sociétés de logements sociaux de la capitale (voir ci-contre), et que les juges de paix ne suivent pas toujours, la mesure reste symboliquement forte. D’autant plus forte que, reconnaît le président du Foyer jettois Benjamin Goeders (CDH), le règlement, s’il était appliqué aujourd’hui, ne concernerait… aucun jeune. "On reproche toujours aux politiques d’être trop réactifs, nous décidons d’être proactifs pour garantir la sécurité de nos habitants, ce qui fait partie de nos missions", insiste-t-il, ajoutant que la priorité était de recourir aux services de médiation

En juin 2012, un jeune de 17 ans boute le feu à une poubelle, située avenue du Comté de Jette, juste à côté des Florair, un ensemble de quatre immeubles gérés par le Foyer jettois. Les flammes se propagent alors à la salle omnisports, la réduisant en fumée. Un sinistre qui a traumatisé durablement le quartier, affirme Benjamin Goeders. "Si les jeunes allument régulièrement des poubelles par exemple, on doit être capable d’intervenir. On doit faire en sorte que ces poubelles enflammées ne se propagent pas aux bâtiments. L’idée serait d’utiliser nos caméras de surveillance, pas de demander évidemment le casier judiciaire des jeunes", ajoute-t-il.

En attendant, le projet de règlement divise clairement les occupants du Foyer jettois. "Ce n’est absolument pas nécessaire comme mesure. Jusqu’à présent, on n’a pas tant de problèmes d’insécurité que cela", s’étonne Béatrice, 43 ans, du Florair 3. "Il faudrait plutôt donner des travaux d’intérêt général à ces jeunes. L’expulsion, c’est fort quand même", réagit Francis, 49 ans, devant le Florair 4. "J’ai 90 ans et j’habite au Florair depuis 30 ans. Je ne me suis jamais sentie en insécurité", tranche Marie-Thérèse.

En revanche , du côté des bâtiments Esseghem, également concernés par le projet, on semble favorable à un durcissement de l’arsenal répressif. "Ma grand-mère s’est fait arracher son collier en or la semaine dernière. Beaucoup de jeunes, parfois menaçants, traînent à l’entrée des immeubles", explique Mathieu, 23 ans. "C’est une excellente idée. Ici, le personnel du foyer n’arrive plus à se faire respecter", insiste Eliane, 71 ans.

6 expulsions au Lorebru

La société immobilière de service public (SISP) Lorebru, qui gère 1.400 logements sur le territoire de la Ville de Bruxelles, a déjà eu recours, en dernière extrémité, à des expulsions de ménages qui occupaient ses logements. Mais son président, David Weytsman tempère : "Le bailleur n’a pas le droit d’expulser des locataires en tant que tel, cette décision incombe au juge qui ne suit pas forcément notre demande"

La société immobilière entame une procédure d’expulsion dans deux cas de figure : lorsque le comportement d’un occupant occasionne des troubles de jouissance pour les autres locataires ou lorsqu’un locataire ne s’acquitte pas de son loyer sur une longue période. "Depuis mon entrée en fonction, il y a eu six expulsions qui étaient liées à des jeunes qui avaient des comportements violents, qui incendiaient systématiquement les poubelles ou qui faisaient partie de bandes urbaines", explique, David Weytsman.

N. G.