Le tribunal correctionnel de Bruxelles rendra son jugement, vendredi matin, dans un dossier d'exploitation de la débauche de mineures. Quatre personnes, trois hommes et une femme, risquent entre 30 mois et 10 ans de prison pour avoir forcé au moins quatre filles majeures et au moins quatre autres mineures à se prostituer. Ce réseau d'exploitation sexuelle avait été démantelé en septembre 2021.

Les prévenus, trois hommes âgés d'une vingtaine d'années et une femme âgée de 18 ans, sont soupçonnés d'avoir forcé, en usant de menaces et de violence, plusieurs jeunes femmes à se prostituer dans un appartement qu'ils louaient à Saint-Gilles. Ils plaçaient des annonces sur des sites Web de prostitution et donnaient ensuite rendez-vous aux clients qui se manifestaient via ces sites à l'adresse de l'appartement à Saint-Gilles. L'une des victimes, âgée de 16 ans, a raconté qu'elle était forcée de satisfaire 20 à 30 clients par jour. C'est son témoignage qui a permis à l'enquête de démarrer, en 2018.

La jeune fille a décidé d'informer ses parents de sa situation et ceux-ci se sont ensuite rendus dans un commissariat pour déposer plainte. Sur base des éléments de lieu et d'identité des auteurs, que la victime a fournis, les enquêteurs ont rapidement pu interpeller les prévenus. Les policiers sont entrés en contact avec huit victimes au total, quatre majeures et quatre mineures, mais il est possible qu'il en existe d'autres non identifiées. Pour la plupart, il s'agit de jeunes femmes vivant dans un milieu précarisé. Certaines, mineures, étaient en fugue lorsqu'elles ont été approchées par les prévenus.

Une peine de 10 ans de prison a été requise à l'encontre de l'un des prévenus, qui se trouve en état de récidive légale. Des peines de six ans de prison ont été réclamées à l'encontre de deux autres, dont une jeune femme de 18 ans qui s'occupait de fixer les rendez-vous, de payer la location de l'appartement et de réclamer leurs gains aux victimes. Selon certains témoignages, elle recrutait aussi des filles pour le réseau.

Pour le dernier prévenu, la procureure a requis une peine de 30 mois de prison, sans s'opposer à une mesure de sursis, tenant compte de son rôle plus limité dans l'organisation mais tenant compte aussi du fait qu'il a frappé l'une des victimes.

Child Focus, fondation qui traite les disparitions et l'exploitation sexuelle de mineurs, s'est portée partie civile dans ce procès. Selon celle-ci, le phénomène de la prostitution d'adolescents prend de l'ampleur en Belgique, mais les réseaux sont difficiles à détecter.