Bruxelles Karim Aïdi et sept autres travailleurs communaux avaient été accusés de fraude aux cartes électroniques à Bruxelles-Ville.

"C’est un grand soulagement pour tout le monde. Il y a eu énormément d’émotion à l’annonce du verdict. J’avais les larmes aux yeux et la gorge nouée. Mes anciens collègues pleuraient. C’est une satisfaction. L’acquittement met fin à huit années d’enfer" , nous raconte ce mardi, avec une émotion dans la voix, Karim Aïdi. Il faisait partie des huit travailleurs communaux soupçonnés d’être les auteurs d’une fraude aux cartes électroniques au sein du service Démographie de Bruxelles-Ville en 2009. La 90e chambre correctionnelle du tribunal de première instance de Bruxelles les a acquittés le 3 juin.

Un épisode qui laissera des traces à jamais pour Karim, qui explique sa fierté d’être allé au bout de la procédure malgré la durée et la difficulté de l’affaire. "Ça m’a marqué définitivement. Je dormais, je mangeais, je bougeais en permanence en pensant à cela. J’étais suspendu par la commune et je ne pouvais plus travailler. C’est une satisfaction d’avoir pu aller au bout de ce qui était juste. On nous a traînés dans la boue pour rien. J’ai dû être combatif, comme mes collègues. Le fait de nous être unis à six dans ce dossier a aidé aussi à tenir. Je n’oublie pas ma famille et mes amis, qui ont toujours été là."

Le procureur du Roi a relevé de nombreux problèmes dans les arguments avancés par la Ville de Bruxelles, qui estime avoir été lésée de 127 000 euros.

Une somme qui n’a pu être prouvée, selon le tribunal. "Le dossier répressif ne contient aucune donnée fiable permettant de déterminer le préjudice de la partie civile." Et d’ajouter qu’aucun détournement ne peut être imputé aux prévenus.

La 90e chambre doute aussi de la mise en place d’un système à grande échelle à l’insu de cinquante autres collègues et de supérieurs… Le tout dans un open space où tout le monde peut s’observer.

Le tribunal relève encore des problèmes dans le manque de rigueur des procédures existantes à l’époque au sein du service Population ou encore que le déficit n’a pas été constaté avant un incident découvert par hasard en novembre 2009. "J’étais content car le parquet a requis l’acquittement et mon avocat n’a rien eu à faire. Pire pour eux, quand le juge a interrogé l’avocat de la Ville pour justifier des éléments, il a expliqué qu’il n’était pas dans le secret de la Ville. J’ai été brisé dans ma carrière à 38 ans à peine. Maintenant, mon nom a été lavé" , poursuit Karim Aïdi.

L’histoire n’est pas encore finie pour Karim et une collègue. Les deux travailleurs sont statutaires et suspendus depuis l’éclatement de l’affaire. Ils passent devant le collège communal le 13 juin pour voir ce qu’il adviendra d’eux. Pour rappel, ils avaient gagné en 2014 au Conseil d’État contre la décision de Bruxelles-Ville de les licencier.

Sur les six autres travailleurs, cinq contractuels avaient été licenciés et une fonctionnaire détachée du SPF était retournée dans son administration.