Rencontre avec Marie-Josée, 87 ans, qui ne peut plus sortir de chez elle depuis que l’ascenseur de sa résidence est hors service.

A87 ans, Marie-Josée est la doyenne de son immeuble. Cela fait 44 ans qu’elle habite dans ce quartier résidentiel, à deux pas de la basilique de Koekelberg. Ses problèmes cardiaques et son atèle ne l’empêchent pas de rester très active : elle fait encore ses courses et s’occupe de trois chats abandonnés. Mais, depuis une semaine, elle est coincée dans son appartement, au sixième étage de la résidence. “L’ascenseur ne fonctionne plus depuis samedi dernier. La lumière est constamment allumée depuis deux jours et la cage est bloquée à la cave.”

Manquant d’équilibre, la vieille dame circule chez elle avec une canne et un parapluie. À l’extérieur, elle se sert d’un Rollator ou de son caddie, “plus pratique grâce à ses quatre roues”. Du matériel impossible à faire passer par l’étroite cage d’escalier en colimaçon. “Samedi, je n’ai pas eu le choix, je suis descendue malgré tout. J’ai pris mes cannes et j’ai attaché une lampe autour de ma tête au cas où celle des paliers ne s’allumait pas.” A son retour, l’ascenseur est toujours en panne. Marie-Josée se voit donc contrainte de remonter les six étages à pieds. “À chaque palier, je m’arrêtais pour souffler. Après, j’ai eu des crampes pendant deux jours et je ne savais plus me lever de mon lit ni de mon canapé tellement la douleur était forte.”

Depuis, elle attend désespérément que l’ascenseur soit remis en état. Et elle n’est pas la seule. Au huitième, ses voisins de 80 ans ne sont pas non plus en état de prendre les escaliers. Au troisième, une résidente sort une chaise sur le palier “au cas où certains ont besoin de se reposer”. Sur sa terrasse, les poubelles commencent à s’entasser tandis que sur la table du salon trônent un calendrier et des notes avec ses rendez-vous annulés. “J’ai dû téléphoner à la pédicure pour reporter. Mon voisin, qui a eu un cancer, a dû renoncer à son rendez-vous chez le kiné.”

Privée de sortie, Marie-Josée occupe ses journées comme elle peut. “Je suis emprisonnée chez moi. Je m’entends bien avec une voisine d’en face alors on s’appelle tous les jours pendant au moins une heure, pour passer le temps.” Heureusement, la vieille dame a fait de grosses courses la veille de l’incident. “J’ai eu de la chance ! J’avais fait le plein de bouteilles d’eau et de bières sans alcool.” Mais huit jours plus tard, ses réserves sont presque totalement épuisées.

Quand ses voisins lui proposent de faire ses courses, elle répond malgré tout par la négative, ne voulant être un poids pour personne. “Ils ont un bébé, ils ont suffisamment d’affaires à transporter comme ça. Ma voisine d’en face m’a dit qu’elle passerait au magasin demain mais je ne veux pas l’embêter.” Alors Marie-Josée vide son frigo et ses armoires. “J’ai terminé mon pot de confiture il y a deux jours. Et je n’ai plus de plats préparés alors je me débrouille avec les fonds de tiroir : on retrouve des spaghettis ou des sardines.”

Si nous n’avons pas réussi à le joindre, le gestionnaire de l’immeuble a été contacté à de nombreuses reprises par les résidents. “Il nous a dit qu’il manquait une pièce pour faire la réparation. Elle est arrivée il y a plusieurs jours et nous n’avons pas eu de nouvelles depuis.”