L'accès à La Terrasse O2 de l'Hippodrome de Boitsfort se fait-il sur base de la couleur de peau ? C'est en tout cas ce qu'affirme Paul N., qui se fait connaître sur les réseaux sous le pseudo The Paul Newman, qui a lancé sa marque de cigares depuis un an et demi, et qui publie un témoignage massivement relayé sur les réseaux sociaux.


Les faits remontent à jeudi passé lors du match Belgique-Danemark. "Les organisateurs de La Terrasse m'ont contacté car ils ont des amateurs de cigares et ils étaient intéressés pour lancer une collaboration. Pour moi, c'est une belle opportunité. Tout se passait bien, il s'agit d'un bel endroit de haut standing", explique Paul N.

L'homme est suivi par plus de 2000 personnes sur Instagram. Il a dès lors publié des contenus de La Terrasse sur les réseaux sociaux et plusieurs abonnés ont voulu avoir des infos sur cet endroit, où il était situé, comment faire pour réserver une table, etc. "Je suis content de cet endroit, donc je le recommande. Je leur explique qu'il faut un dress-code, je leur donne le numéro de réservation. Plusieurs personnes de couleur noire sont alors arrivées sur le site, mais on leur a expliqué que le parking était full. Or, d'autres voitures derrière avec des personnes de couleur blanches pouvaient, elles, passer. Mes contacts m'ont alors appelé et je leur ai dit de faire demi-tour, de retourner au parking et de m'appeler en Facetime."

Selon ses dires, les sorteurs se seraient alors confondus en excuses en reconnaissant l'entrepreneur. "L'un des sorteurs s'est excusé. 'On ne savait pas qu'ils étaient avec vous. On les laisse entrer.' Déjà je trouve la méthode peu correcte, je ne suis pas une carte de visite. J'arrive alors sur place pour avoir de plus amples informations et les sorteurs m'expliquent que les places de parking sont réservées pour des clients VIP. Ok, certes, mais alors qu'ils ne disent pas que le parking est full car c'est faux", précise-t-il.

Un peu plus tard, Paul N. accompagne des personnes qui ont réservé leur table, mais les sorteurs n'ont pas retrouvé leurs noms sur la liste. "Je suis intervenu et il s'avère que leurs noms étaient bien sur la liste, mais apparement il faut une carte de membre. Or la grande majorité des personnes présentes ce jour-là n'avaient pas de carte de membre", précise-t-il. Un peu plus tard, rebelotte, ce sont deux amis à l'entrepreneur, habillés de manière très élégante, qui se sont fait recaler.

Pour Paul N., c'en est trop. Il va à la rencontre du propriétaire des lieux pour lui expliquer le problème. "Il me répond qu'il n'y a pas de problème de racisme dans son établissement, qu'il s'agit d'un problème de communication. Il m'explique que, certes, parfois il y a des sélections à l'entrée car il y a une clientèle très habituée, et il me dit mot pour mot : 'regarde dans ma cuisine il y a des noirs et des arabes.' Comment un entrepreneur peut-il encore avoir des réactions aussi bêtes en 2021 ? En tant qu'entrepreneur noir, je ne peux pas me permettre de faire affaires avec des gens qui délibérément ne se cachent pas d'être racistes."

Selon lui, il ne s'agit pas d'un événement isolé. "J'ai reçu plusieurs témoignages encore plus choquants", conclut-il.

Contactée, Diane confirme que le "coup de la carte de membre" est un grand classique de l'établissement, mais aussi d'autres établissements bruxellois. "J'ai déjà rencontré pas mal d'incidents par rapport à l'accès à ce genre d'événement, en étant recalée deux fois dans le passé. On nous demande systématiquement si on dispose d'une carte de membre, or on sait très bien que nos amis de couleur blanche ne doivent pas en avoir pour rentrer", déplore-t-elle.

Contacté, le porte-parole de La Terrasse O2, évoque "une polémique indigne." "L'incident à caractère prétendument raciste est une polémique indigne. Nous ne souhaitons pas commenter leurs allégations car ce serait leur donner du crédit, or nous ne voulons pas accorder du crédit à la mauvaise foi et à la manipulation. Que les choses soient très claires : les actes racistes sont un délit condamnable par la justice. Si racisme il y a eu, que ces personnes saisissent la justice, que la justice fasse son enquête et qu'elle fasse éclater la vérité. Nous n'avons pas peur de la vérité. En revanche nous n'accepterons pas un jour de plus de subir les attaques, les intimidations ou les menaces qui visent désormais l'intégrité physique de nos équipes. Depuis 17 ans, La Terrasse O2 est connue pour être un lieu de convivialité et de partage ouvert à tous", explique-t-il.

De son côté, Denis Van Praet, propriétaire de l'établissement, tient à tempérer la situation. "Je ne connais pas les détails précis de l'incident mais je ne suis pas d'accord avec le fait qu'il y ait des actes de racisme et je ne cautionne pas ça, ce n'est pas dans mes valeurs personnelles ni celles de la Terrasse. J'essaie d'éclaircir la situation et je tiens à calmer l'ampleur du phénomène. Si des choses ont été mal faites, je vais investiguer et la clarté doit être faite. Ce sont des accusations graves qui me touchent dans mon amour-propre", explique-t-il. "Une réunion est organisée avec le chef de la sécurité pour revenir sur ces faits mais en tout cas, au grand jamais je ne désire alimenter la polémique."

L'affaire portée au parlement bruxellois

Cet incident va faire l'objet d'une interpellation au parlement bruxellois, par l'intermédiaire du député Kalvin Soiresse. "Cette expérience démontre encore une fois le sentiment de toute puissance de certains tenants d’établissements issus de milieux socioculturels favorisés par rapport au racisme assumé. Quelles sont les démarches d’inclusivité, de sensibilisation menées auprès des tenanciers et directions d’établissement de ce profil pour que de tels faits racistes s’arrêtent ? Quelles mesures concrètes mettez-vous en oeuvre contre les subterfuges derrière lesquels se cachent des actes racistes ?", a-t-il voulu savoir dans cette interpellation adressée à Nawal Ben Hamou, secrétaire d'Etat en charge de l'Egalité des chances.