52 ans d’activisme à Bruxelles et zéro euro de subside régional… Voici le sort réservé à l’Atelier de recherche et d’actions urbaines (Arau). Depuis des décennies, cette ASBL créée bien avant la naissance de la Région bruxelloise analyse l’évolution de la Région-capitale, organise des visites guidées, anime une école urbaine, défend des positions urbanistiques aujourd’hui relayées par les autorités publiques. Ainsi, l’Arau fut le premier à défendre la démolition des viaducs et infrastructures routières pénétrant Bruxelles, plaide depuis longtemps pour la prise en compte des pollutions comme socle des politiques d’environnement urbain, etc. Depuis un demi-siècle, l’Arau travaille sans apport d’argent public hormis un subside octroyé par la FWB dans le cadre de son école urbaine.

Bref, une ASBL d’utilité publique dont l’expertise est reconnue par tous, dont les écrits et analyses sont régulièrement utilisés par les jeunes cabinetards des nombreux ministres bruxellois. Pourtant. Voici une dizaine de jours, l’ASBL a essuyé un double refus de la part des deux ministres Ecolo du gouvernement bruxellois. L’Arau demandait un agrément pluriannuel sur cinq ans ainsi qu’un subside de 30 000 euros pour pouvoir remplir "ses missions de base qui ne sont actuellement pas soutenues par la Région bruxelloise", plaidait l’ASBL dans sa demande d’agrément adressé à la ministre bruxelloise de la Mobilité Elke Van den Brandt et au ministre bruxellois de l’Environnement Alain Maron (tous deux Ecolo).

Cela fait plus de vingt ans que l’Arau demande un agrément et une subsidiation structurelle. Sans succès. "Nous demandons cet agrément tous les deux ans depuis 2009 au ministre-Président et au service régional de l’urbanisme. Soit onze demandes, toutes recalées", déplorent la directrice de l’Arau Marion Alecian et le président du conseil d’administration Marc Frère. Tous deux dénoncent ici le non-respect, dans le chef du gouvernement bruxellois, de l’ordonnance de 2008 "pour les associations actives dans l’amélioration de l’environnement urbain et du cadre de vie". Marc Frère estime que l’Arau paye son franc-parler, ses prises de position bousculant régulièrement l’establishment bruxellois. "Nous ne sommes pas dans la coconstruction avec les pouvoirs publics", explique-t-il.

Pour justifier son récent refus, Bruxelles Mobilité avance qu’il "est très difficile de savoir si l’Arau respecte les critères de l’ordonnance de 2008 à ce stade. Nous préférons donc proposer au gouvernement de pouvoir développer une coopération constructive avec Arau par le biais d’une subvention d’un an, pour leurs missions de base". Une mise à l’épreuve qu’accepte mal l’Arau. "Il s’agit d’un prétexte assez difficile à encaisser après 52 ans d’analyse des projets urbains bruxellois." Face à la faiblesse des arguments, l’Arau demande la publication sur le site de l’administration régionale de l’urbanisme de la liste de toutes les ASBL et projets subsidiés, avec les montants précis par la Région.