Le projet de rénovation lourde de la tour "Centre Monnaie", siège de l'administration de la Ville de Bruxelles qui investira l'an prochain ses nouveaux locaux dans le nouvel immeuble Brucity en cours d'aménagement sur le site de l'ex-parking 58, ne plaît guère à l'Atelier de recherche et d'action urbaines (Arau). La reconversion de cet immeuble de bureaux prévoit notamment 316 chambres d'hôtel et 120 logements. A la veille de la réunion de la commission de concertation qui y est consacrée, l'Arau a demandé aux autorités de la Ville et de la Région de renoncer à un projet "ancré dans le passé", qui "ne répond pas aux intérêts des habitants et renforce le processus de 'touristification' du centre-ville".

L'association qui milite depuis les années '60 pour la prise en compte des intérêts des habitants dans le développement de la Ville demande d'au moins doubler le nombre de logements et d'en consacrer une part significative aux logements sociaux.

Les promoteurs (Immobel, Whitewood et DW Partners) veulent augmenter la superficie de 6.935,4 m² pour atteindre un total de 70.945,8 m² (+ 10,8 %). "Cette demande de dérogation, que rien ne justifie, est inacceptable ! Les promoteurs bénéficient déjà d'une situation hors norme obtenue par leurs 'prédécesseurs' dans les années 1960 où un Plan particulier d'affectation du Sol (PPAS) sur mesure a permis la construction du Centre Monnaie. Cette tour et sa 'jumelle' Philips, fruits du modèle fonctionnaliste du 'tout aux bureaux et à la voiture', ont détruit une partie du quartier et déstructuré son tissu urbain", soutient l'association.

© Snøhetta & Binst

Pour elle, l'orientation du projet davantage vers les touristes que les habitants "ne fait somme toute que s'inscrire dans la politique d'accélération de la 'touristification', menée par la Ville de Bruxelles à travers la piétonnisation des boulevards du centre ou encore le projet de Beer Temple à la Bourse".

Malgré la crise sanitaire qui a montré toute la fragilité du secteur touristique, la Région ne remet pas en cause le modèle de la "touristification" de Bruxelles. "Au contraire, elle continue d'encourager le développement de l'offre touristique avec pour seul réserve la volonté de ne pas trop concentrer les activités dans la zone centrale, déjà soumise à une forte pression, mais de mieux les répartir sur l'ensemble du territoire. Or, le projet d'hôtel d'Oxy se situe en plein dans cette zone centrale? Si elle veut être conséquente avec sa politique, la Région doit donc refuser l'implantation de ce méga hôtel", a enfin dit l'Arau.

Pour l'Atelier, les promoteurs privés doivent contribuer à la production de logements sociaux. La liste des ménages en attente d'un logement social s'allonge inexorablement d'année en année. Dans ce contexte catastrophique, chaque projet privé de création de logements doit contribuer significativement à augmenter la production de logements sociaux.

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En attendant une réforme permettant réellement de contraindre les promoteurs privés à intégrer une part significative de logements sociaux dans leurs projets, l'Arau demande que l'entièreté des charges d'urbanisme soient consacrées à la création de logements sociaux au sein du projet Oxy.