Plusieurs gardiens de la prison de Forest sont prévenus pour avoir abusé de leur autorité sur des détenus, entre 2014 et 2015, dans le but les martyriser, les pousser à bout et leur infliger des sévices.

La cour a pris l'affaire en délibéré après plusieurs semaines de débats dans ce dossier relativement ancien. Quatorze gardiens de la prison de Forest doivent répondre de faits de violence physique et morale grave à l'encontre de détenus, commis entre 2014 et 2015, principalement dans l'aile D et dans l'annexe psychiatrique. La situation dans cet établissement pénitentiaire était alors extrêmement problématique, en raison d'une surpopulation carcérale, d'un manque de personnel et d'une infrastructure vétuste.

Il est question d'expéditions punitives qui étaient menées le soir, particulièrement auprès de détenus fragiles et isolés. Plusieurs agents auraient considéré comme un jeu le fait d'insulter, d'humilier ou de provoquer des détenus, pour que ceux-ci soient poussés à bout et se montrent agressifs, amenant alors les gardiens à les conduire au "cachot", la cellule d'isolement. Les auteurs auraient ensuite dressé de faux rapports disciplinaires pour justifier l'usage de la force.

Une attachée à la direction de la prison est également poursuivie dans ce procès, non pas pour avoir directement exercé un traitement dégradant à l'encontre de détenus, mais pour avoir pris la décision de placer à l'isolement un détenu qui se trouvait dans un état mental très inquiétant.

L'avocat général a requis des peines de deux à 20 mois de prison à l'encontre des prévenus, avec sursis partiel pour certains et sursis total pour d'autres. Concernant la directrice, il a requis une peine de six mois de prison avec sursis total, estimant que la suspension du prononcé, qui avait été accordée en première instance, ne sanctionnait pas suffisamment les faits.

Les prévenus ont presque tous plaidé l'acquittement, contestant avoir abusé de leur autorité auprès de détenus pour s'en prendre à eux par plaisir. Leurs conseils ont également insisté sur les conditions de travail de ceux-ci à l'époque des faits à la prison de Forest, donnée essentielle pour juger les faits, selon eux.

"La Belgique a été condamnée à des dizaines de reprises pour des traitements inhumains et dégradants sur les détenus de cette prison de Forest. C'est celle qui a connu le plus de grèves parce que les gardiens réclamaient de meilleures conditions de travail", a notamment déclaré Me Sven Mary. L'avocat général a concédé que "travailler à la prison de Forest, c'est quelque chose de difficile".