A deux pas de la place Colignon, des Schaerbeekois profitent du soleil. Devant eux, les Ecuries Van de Tram, dont l’une des portes est entrouverte. A l’intérieur, des palettes de canettes de bières sont entassées ça et là. Dans le fond, onze cuves grises occupent l’espace. Leur bruit oblige régulièrement à tendre l’oreille pour entendre ce que raconte le maître des lieux. "Tu as quelque chose à livrer ? Je peux pousser ça pour que tu aies de la place", lance Joël Galy. en descendant de l’une des cuves.

Le Bruxellois est brasseur professionnel. Après avoir travaillé de nombreuses années à la brasserie de la Senne et au Cantillon, il prévoit de poursuivre sa passion au Mexique. Mais le Covid passe par-là et l’empêche de partir en mai dernier. Plutôt que d’un voyage, il se met alors à rêver de sa propre brasserie. Rapidement, une opportunité se présente aux Écuries Van de Tram, où il commence à s’installer en novembre. Depuis un mois, il brasse sa première bière, une Lager allemande. "C’est mon style préféré et il n’est pas vraiment présent sur le marché belge. La bière est certifiée bio. Il faudra encore un peu l’améliorer mais je suis très content de la qualité de mon produit. Le but est de proposer une boisson sans chichi, facile à boire."

Comme sa bière, sa brasserie se veut populaire. Depuis ce mercredi, la bière est disponible à la vente à emporter mais à terme, l’objectif est de pouvoir accueillir des clients pour leur proposer des dégustations et leur faire découvrir les modes de production de la bière. Dans quelques semaines, la brasserie La Mule ouvrira ainsi un café avec un peu de restauration et une terrasse. "On vise le mois de juin, le temps d’être prêt. L’idée est de proposer une ambiance conviviale aux travailleurs du dépôt de la Stib, à ceux de la commune et aux gens du quartier. On veut aussi que les kets puissent jouer dans la cour, que ce soit un vrai melting-pot à la bruxelloise."

Une institution familiale, donc, qui fermerait ses portes à 22h et se veut ancrée dans le quartier. "Il n’y a pas trop de bar dans le coin et on s’est installé dans un lieu symbolique donc on savait qu’il y avait quelque chose à faire. On a voulu récupérer l’âme ouvrière du bâtiment", explique Joël en allant accueillir un client. 

Le nom de la brasserie est aussi un clin d’œil à l’histoire de la commune. "Schaerbeek est la Cité des Ânes. A l’époque, les Bruxellois appelaient les Schaerbeekois les ânes car c’est à dos d’ânes qu’ils transportaient les marchandises. On est aussi dans les Ecuries et le croisement entre un cheval et un âne s’appelle une mule. Et puis, j’assume ma coupe mulet depuis une dizaine d’années. La boucle est bouclée !", précise-t-il un sourire aux lèvres derrière son masque.