La façade rouge, bien qu’actuellement en travaux, est connue et fait en quelque sorte partie du paysage laekenois. L’ancien cinéma Rio, située rue Marie-Christine, suscite aujourd’hui discussions sur la rive gauche du canal. En cause ? Le projet de réaménagement et rénovation de cet édifice classé, qui fut tour à tour cinéma puis supermarché.

Présente depuis 22 ans à l’arrière du lieu, l’entreprise "Debrico Matériaux", propriétaire du lieu, compte installer sur place un showroom pour sanitaires au rez-de-chaussée et une salle polyvalente à l’étage destinée à accueillir multitude d’activités culturelles et associatives.

"Un témoin majeur de l’histoire des cinémas"

Pour certains riverains, le lieu doit retrouver sa fonction originelle… dans son intégralité. "C’est la seule salle de cinéma de Laeken qui peut encore être sauvée", commente le riverain, Yannick Schandené, qui cite comme exemple les cinémas Grignoux à Liège. "Les cinémas de quartier ont leur sens. Un tissu associatif se recrée à Laeken, et il manque des infrastructures de ce type."

© D.R.

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Avec deux collègues, l’architecte Aurore Burette a étudié le lieu dans le cadre d’un mémoire. "Ce cinéma a une valeur patrimoniale et est un témoin majeur de l’histoire des cinémas de Bruxelles. Il a été conservé de façon presque intacte dans ses volumes, ses finitions…"

Selon elle, show-room et cinéma ne sont pas forcément antinomiques, tant que les espaces sont préservés. "Les lieux ne sont pas occupés au même moment. Il y a moyen d’imager beaucoup de choses. Mais tout en gardant en tête qu’il s’agit d’un bâtiment privé."

"J’ai découvert l’âme du bâtiment"

Convaincu de la possibilité de marier lieu culturel à l’étage et espace commercial au rez-de-chaussée, le propriétaire, Ali Kaya, trouve dommage ces débats autour du lieu qu’il veut ouvrir partiellement à la vie associative laekenoise et faire revivre bénévolement. "Au début, quand j’ai acheté le lieu, je voulais uniquement faire un showroom. Puis j’ai découvert l’âme du bâtiment. Je veux faire profiter la population grâce à un espace à l’étage. On peut accueillir beaucoup d'activité et refaire un cinéma avec un écran, des rideaux, le tout à disposition des écoles et des associations." Un appel est d’ailleurs lancé auprès d’associations laekenoises intéressées.

Selon l’entrepreneur, la double affectation permettra notamment de pérenniser l’activité culturelle. "C’est un bâtiment qui coûte cher et qui demande de l’entretien. Les décors vont rester et j’ai même proposé de remettre une enseigne Rio. Mais je ne peux pas abandonner mon projet commercial. J’ai déjà perdu deux ans."

L’enquête publique s’achève ce 10 mars. La balle est alors dans le camp des instances régionales, qui trancheront à l’issu de la commission de concertation. En cas de refus, le propriétaire annonce se diriger vers un lieu uniquement dédié au show-room.