La situation des salles de concerts est évidemment compliquée, le milieu étant assez peu porté sur l’improvisation. Quelle que soit l’évolution des règles sanitaires en vigueur chez nous, les tournées internationales ne reprendront pas avant un certain temps. Il faut parfois un an pour planifier la tournée d’une tête d’affiche. Un retour des headliners venus d’Angleterre ou des États-Unis, par exemple, est donc a priori exclu avant le printemps 2021 au plus tôt.

Cela explique que les salles de très grande capacité comme le Sportpaleis (Anvers) restent porte close ou presque d’ici là. Les quelques concerts d’envergure encore prévus en octobre à Forest National (One Republic, The Chainsmokers) et à la Lotto Arena (Skunk Anansie, The Black Crowes) n’ont pas encore officiellement été déprogrammés, mais "tous les concerts prévus à l’automne seront annulés ou reportés", nous confirme-t-on chez Live Nation, qui organise les shows susmentionnés. Le Palais 12 se trouve dans une situation similaire. Son exploitant est toutefois en discussions avec la Ville de Bruxelles pour envisager une éventuelle dérogation et une reprise partielle de ses activités.

L’AB en théâtre, le Bota et son chapiteau

Les salles de taille intermédiaire, de leur côté, font avec les moyens du bord. L’Ancienne Belgique (Bruxelles) a annulé, reporté ou suspendu tous les concerts initialement prévus en septembre et octobre. Pour faire revivre ses infrastructures après 170 jours de fermeture, elle a aménagé sa grande salle en mode "théâtre", et proposera, dès le 11 septembre, plusieurs concerts d’artistes belges (Blanche, Ozark Henry, Brihang, Admiral Freebee…) à un public assis de 200 personnes, dans le respect des règles de distanciation. "Ces shows ne sont absolument pas rentables", nous précise Jens Van den Wyngaert, qui gère la communication de l’AB. "Ce n’est pas une solution à long terme, et nous ne pouvons nous prononcer ni sur la fin de l’année ni sur le début de 2021, tout dépendra de l’évolution des règles sanitaires." Ici aussi, une dérogation a été demandée à la Ville, qui prône, de manière générale, une réouverture des salles bruxelloises avec public assis, à 50 % des capacités pour les deux prochains mois, et à 100 % des capacités (mais toujours assis et avec masque) à partir de novembre. Cela concerne donc logiquement le Cirque royal et La Madeleine, qui ont tous deux suspendu leurs activités jusqu’à nouvel ordre.

Toujours à Bruxelles, mais sur le territoire de Saint-Josse, le Botanique rouvrira ses portes ce samedi 5 septembre avec une prestation intime de Clément Noury au musée, puis le dimanche 13 septembre avec un concert de Halehan, déplacé de la Rotonde à l’Orangerie, remplie à la moitié de sa capacité en places assises. Aucune dérogation n’a été demandée par l’institution, qui confirme, en revanche, l’ouverture des Nuits Botanique fin septembre. "Compte tenu de la taille de nos salles, on ne dépasse de toute façon pas la capacité assise de 200 personnes avec une distanciation", précise son directeur général adjoint, Paul-Henri Wauters. "En revanche, un possible site extérieur pourrait faire l’objet d’une demande de dérogation si une capacité supérieure à 400 places assises devait et/ou pouvait être envisagée." Comprenez : si certaines des têtes d’affiche programmées dans le traditionnel chapiteau installé dans le parc pour les "Nuits" confirmaient leur présence au festival.

La bonne nouvelle, c’est que Yael Naim donnera bien son concert d’ouverture dans l’église Notre-Dame de Laeken. Pour les autres, rien n’est encore garanti à l’heure actuelle. "Nous espérons rapidement en savoir plus sur les conditions d’accueil du public en octobre, poursuit Paul-Henri Wauters. Si l’idée semble acquise que toute activité en 2020 ne sera possible que pour les publics assis, il est souhaitable de reprendre les concerts debout (avec protocole approprié et sans distanciation) dès janvier 2021. Si cette évolution n’est pas possible, il sera très difficile de réaliser la saison des festivals 2021."

Côté liégeois, le Reflektor fait face aux mêmes difficultés. Au vu du protocole actuel, impossible de mettre plus de 120 personnes dans la salle, ce qui n’est évidemment pas rentable, quel que soit l’artiste programmé. "Nous étudions les possibilités de dérogation qui nous permettraient d’accueillir plus de monde", nous précisent-ils, mais tous les concerts de septembre sont reportés, "et on se donne un peu de temps pour réfléchir à la fin de l’année". Si programmation "last minute" il y a, elle se concentrera, ici aussi, sur une affiche essentiellement locale.

Les autres salles du royaume ont toutes des politiques différentes. Le Trix anversois planifie une série de concerts dès octobre en respectant la limite de 200 places et planche sur une éventuelle hausse à 300. De Roma, elle aussi localisée à Anvers, a décidé de rester fermée jusqu’en 2021, et H et Depot (Leuven) a suspendu ses shows.

Bientôt 1 000 places à Flagey et Bozar ?

Niveau jazz et classique, on est resté ouvert. Des concerts en petit comité ont eu lieu tous les dimanches de l’été à Flagey. La saison 2020 devrait reprendre le 11 septembre en capacité réduite, et "une demande a été introduite pour recevoir davantage de monde dans le studio 4, qui peut contenir 1000 personnes". Cas particulier : certains étrangers sont encore et toujours programmés, comme le pianiste islandais Vikingur Olafsson, même si rien n’est encore confirmé avec certitude au-delà du mois d’octobre. Bozar, de son côté, s’offre une rentrée aérée avec Bozar Open Air, du 5 septembre au 18 octobre, alliant films, concerts et DJ sets sur le toit de l’institution. Institution qui a par ailleurs annoncé vendredi le lancement d’une saison 2020 adaptée, avec artistes belges et jauge à 200 personnes, ici aussi. Des discussions sont en cours pour revoir cette capacité à la hausse dès le mois prochain.

Reste, in fine, l’opéra. La Monnaie a annoncé jeudi l’ouverture virtuelle de sa saison 2020 en septembre. À partir d’octobre, l’institution bruxelloise "s’attend à recevoir du public sur place". Une demande a officiellement été déposée auprès de la Ville de Bruxelles pour remplir la moitié de son théâtre, soit 600 spectateurs, tous munis de masques. Le premier véritable opéra physique, Die tote Stadt, est prévu le 22 octobre. Des mesures seront également prises sur scène, puisque l’orchestre a été réduit de 92 à 57 musiciens et que les artistes lyriques devront respecter une distance de 5 mètres entre eux. Pour chaque grande production, La Monnaie prévoit en outre de tester tous les employés qui y contribueront.