Le chômage des moins de 25 ans n’a jamais été aussi bas à Bruxelles, se réjouit Actiris. Pourtant, le nombre de jeunes pauvres n’a jamais été aussi élevé…

Le nombre de Bruxellois inscrits chez Actiris a atteint un plancher historique : sous la barre des 20 % (19,9 en mai 2019 contre 21,7 % en mai 2018), communiquait Actiris hier. "Bruxelles compte 7 636 jeunes chercheurs d’emploi, soit 683 de moins que l’an dernier", détaille l’agence régionale pour l’emploi qui se félicite que la Région n’ait plus compté aussi peu de jeunes au chômage depuis 1990.

Cette excellente nouvelle, récurrente depuis plusieurs mois grâce entre autres à une conjoncture économique mondiale favorable, ne cache néanmoins pas un tableau plus sombre sur la situation économique et sociale des jeunes Bruxellois.

Certes, nombre de jeunes Bruxellois ont trouvé un job, parfois précaire mais Bruxelles compte aussi un nombre croissant de jeunes vivant avec un revenu d’intégration sociale, quatre fois plus élevé d’ailleurs que le nombre de jeunes avec une allocation de chômage ou d’insertion. Ainsi, près d’un Bruxellois bénéficiant d’un revenu d’intégration sociale sur trois est un jeune de moins de 25 ans. En Wallonie, c’est un sur cinq et un peu moins de… 6 % en Flandre.

Selon les dernières données de l’Observatoire de la Santé et du Social, 13,2 % du nombre total de Bruxellois âgés de 18 à 24 ans est inscrit au CPAS. Sur dix ans, ce nombre a quasiment doublé (voir graphique). En 2008, Bruxelles comptait 7 285 jeunes émargeant au CPAS, touchant donc un revenu d’intégration sociale ou équivalent.

En 2018, ils étaient 13 553 (13,2 % de la population dans cette tranche d’âge). Soit une hausse de 86,6 % en dix ans. À titre de comparaison, si l’on prend l’ensemble des personnes âgées de 18 et 64 ans vivant avec un revenu du CPAS, cette augmentation est de 50 %. Ces quelque 13 553 jeunes ne sont pas forcément à la recherche d’un emploi, une bonne partie - croissante elle aussi - d’entre eux poursuit ses études.

Il n’empêche. "La croissance du nombre de jeunes émargeant au CPAS a donc été très forte ces dernières années, encore plus importante que dans les autres groupes d’âge", constate Marion Englert, collaboratrice scientifique à l’Observatoire de la Santé et du Social et co-autrice du dernier rapport sur la pauvreté à Bruxelles (édition 2018).

"Cette augmentation est le résultat de plusieurs réformes de l’accès aux allocations de chômage et surtout aux allocations d’insertion prises par le gouvernement fédéral sortant et le précédent", explique la chercheuse. "En intégrant des conditions d’âge et de diplôme, en limitant le versement des allocations d’insertion à trois ans, on voit clairement que les effets de ces restrictions se sont manifestés en termes d’accès à la sécurité sociale des jeunes, qui ont donc plus souvent recours à l’aide sociale du CPAS."