La DH a suivi une PMR dans les transports en commun pour illustrer le manque d’infrastructures qui leur sont dédiées.


Combien de temps met une personne à mobilité réduite (PMR) pour se déplacer à Bruxelles ? C’est ce que nous avons voulu expérimenter en suivant pendant toute une après-midi Jacques Petit dans sa chaise électrique.

Départ à 14h45 du domicile de Jacques Petit, rue des Tanneurs, dans les Marolles. L’objectif ? Arriver à l’arrêt Diamant, à Schaerbeek. Après un véritable parcours du combattant, impliquant de larges détours, des longs moments d’attente et des recherches interminables de bus adaptés, nous arrivons à destination à 17h38. Comment un trajet qui ne semble pourtant pas si compliqué pour toute personne valide peut-il durer presque trois heures une fois qu’on est en chaise roulante ? Alors qu’une personne valide peut se contenter de prendre deux trams et arriver à destination en moins de 40 minutes, la réalité est tout autre pour une PMR.

La première étape consiste à arriver jusqu’à la station Louise. "La plupart des rues sont semées d’embûches pour les PMR, explique Jacques Petit. On doit très souvent faire des détours parce que les bordures des trottoirs sont beaucoup trop épaisses, parce qu’il y a des nids-de-poule, ou tout simplement parce qu’il y a un arbre et que notre fauteuil est trop large pour passer."

© GUILLAUME JC

Une fois dans la station Louise, il faut faire appel au service d’accompagnement offert pas la Stib. Le temps d’attente pour obtenir de l’aide varie généralement entre 40 minutes et une heure. "Avant, il fallait prévenir 24h à l’avance qu’on voulait de l’aide pour prendre le métro. Encore maintenant, ils conseillent de réserver un service le jour d’avant si on veut être sûr d’avoir de l’aide. Donc on est censé toujours savoir ce qu’on fera dans les prochaines 24 heures. Et quand on sait qu’on peut parfois faire le pied de grue pendant une heure en attendant, on doit toujours partir deux heures plus tôt si on a un rendez-vous. Vous trouvez ça normal ?", déplore Jacques Petit.

L’accompagnant étant arrivé, il aide Jacques Petit à entrer et sortir du métro avec une rampe mobile. Pourtant, on observe que sous les portes des nouveaux métros, des rampes sont bien présentes. Elles ne sont simplement pas activées. "Il y a plusieurs années on a livré ces nouveaux métros équipés de rampes pour PMR. Pareil pour les trams… Mais on ne les utilise pas. J’ai entendu que c’était parce que ça ralentirait le flux du métro", explique Jacques Petit.

Une fois sorti à Schuman, il faut désormais trouver une des rares lignes de bus qui sont équipées d’une rampe et dont l’arrêt est accessible aux personnes handicapées. Après avoir parcouru la place et demandé à de nombreux agents de la Stib, Jacques Petit trouve l’arrêt adéquat, situé au square Ambiorix. C’est le dernier transport qu’on prendra avant d’arriver à destination.

Après quelques arrêts, on arrive finalement à la place Meiser, d’où on ne peut pas prendre le tram car Jacques Petit ne sait pas entrer dedans. "Même avec les nouveaux trams, ce n’est pas possible. En chaise manuelle, il faut faire un wheeling, mais en chaise électrique, on n’entre tout simplement pas. Je ne prends jamais le tram, je ne peux pas."

La dernière étape consiste donc à rouler de Meiser à Diamant en chaise électrique. "Je mets toujours un temps monstre à arriver à mes rendez-vous, surtout si ça implique de prendre le métro ou le tram", affirme-t-il.

PMR depuis cinq ans à cause d’une erreur médicale, Jacques Petit a décidé de ne pas se laisser abattre. Depuis, il a rejoint la commission PMR au Parlement régional pour défendre les intérêts de ceux qui ont du mal à se déplacer. "Ce n’est pas normal qu’on n’ait pas encore atteint notre autonomie. Bruxelles est la capitale de l’Europe et pourtant on est deux guerres en retard en ce qui concerne les infrastructures dédiées au PMR", conclut-il.

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Toutes les stations Stib équipées d'ascenseurs d'ici 2020

À Bruxelles, plus de 30 % de la population est considérée comme personne à mobilité réduite (PMR).

Si l’on considère l’ensemble des manques d’infrastructures de facilité pour ceux-ci, décrits ci-contre par le cas de Jacques Petit, cela veut donc dire que ce sont presque 30 % de la population qui ont beaucoup de mal à se déplacer dans Bruxelles. À la Région, les choses bougent, mais pas assez vite, selon les PMR.

"La problématique est au centre de nos préoccupations, et nous sommes en plein réaménagement de Bruxelles à ce niveau-là, explique Cindy Arents, porte-parole de la Stib. Chaque investissement dans du nouveau matériel ou dans la rénovation de stations est pensé pour les PMR. Mais c’est un processus qui prend du temps, cela se fait au long terme, et il faut être patient avant de voir de réels résultats."

À l’heure actuelle, sur les 69 stations de métro de la Région bruxelloise, 51 sont équipées d’ascenseurs afin d’assurer leur accessibilité (voir la carte ci-dessus).

En effet, Bruxelles Mobilité semble très active ces derniers temps sur un plan de réaménagement de toutes les stations de métro et de prémétro pour plus d’accessibilité. En 2018, le budget annuel moyen est de 10 millions d’euros, rien que pour l’accessibilité en Région bruxelloise. Des gros travaux dans quelques stations, notamment à Clémenceau, sont en cours (voir carte ci-dessus).

L’agence Bruxelles Mobilité prévoit la fin de l’équipement de toutes les stations de la Région pour 2020.

En ce qui concerne les bus, seulement sept lignes possèdent des arrêts accessibles aux PMR, alors que la Région compte en tout 50 lignes. Les trams, eux, sont très difficilement accessibles aux personnes en chaise roulante. En effet, l’écart entre les arrêts et les portes des trams, bien qu’elles soient à une hauteur adaptée, ne permet pas aux roues de certains fauteuils de passer.

Céline Delforge (Écolo), députée au parlement bruxellois : "On ne pense pas assez aux PMR"

"Je trouve qu’on oublie toujours que si une PMR sait passer quelque part, tout le monde peut passer. Au-delà du fait que les PMR ont droit à la mobilité comme tout le monde, on oublie que penser à des facilités pour eux, ça sera au bénéfice de tous. Ce n’est pas normal qu’ils ne puissent toujours pas prendre le tram. C’est le transport qui est censé être le mieux adapté pour eux."

© D.R.