L'association est à la recherche de nouveaux bénévoles.

"Ma première expérience a été plutôt difficile même si j’ai l’impression que ça l’a aidée. Une matinée par semaine, je l’écoutais raconter ses problèmes. La deuxième fois, c’était beaucoup plus pratique. On a visité des écoles, été chez Ikea pour acheter des lits superposés, rempli des documents administratifs." Stéphanie en est aujourd’hui à son troisième accompagnement. "Cette fois-ci, c’est encore différent : mon binôme ne parle pas français. Elle a donc besoin qu’on discute pour pouvoir apprendre. Une fois, on a préparé du couscous donc j’ai appris à en faire !"

Juriste, la jeune femme décide un jour de faire une pause carrière pour s’occuper de ses filles. "Je voulais mettre ce temps-là à profit en m'engageant dans quelque chose qui fasse sens. J’ai fait des permanences pour l’ONE mais je voulais créer un vrai lien avec les personnes." Sur Facebook, Stéphanie apprend alors l'existence du Petit vélo jaune, une association bruxelloise qui propose une aide aux familles en situation de précarité.

C'est Vinciane Gautier, assistante sociale de formation qui a cofondé l’ASBL en s’appuyant sur son expérience de terrain. "J’ai fait plusieurs constats de pauvreté accrue, de monoparentalité en hausse, de mères mineures en manque de repères. Autant de femmes et de familles qui manquent d’entourage à ce moment-ci de leur vie." Peu de points d’appui, y compris au niveau des services d’aides bruxellois. "Il y a pas mal de choses prévues après, par exemple au niveau du placement des enfants une fois que les choses se sont dégradées. Il y avait une place au niveau de la prévention pour éviter que les parents ne démissionnent complètement."

Un soutien que le Petit vélo jaune veut le plus ordinaire possible, en associant des Bruxellois.es bénévoles (que l'ASBL appelle ses coéquipiers) à une famille en difficulté. "Avec des professionnels, le contact est souvent plus difficile à établir parce qu’il y a une relation de pouvoir. Nos coéquipières jouent plutôt le rôle de la bonne voisine, plus accessible et plus facile à laisser rentrer dans son intimité." Pendant un an, les coéquipiers s'engagent ainsi à accorder une à trois heures chaque semaine à leur binôme. "Il est parfois compliqué de mettre des limites mais être baigné dans une famille est hyper enrichissant. J'ai l'impression que parfois j'en retire plus que les personnes que je viens aider", confie Stéphanie.

Après six ans d’exercice, le constat est positif pour Vinciane Gautier. "On propose quelque chose qui complète parfaitement les services déjà existants. On est très efficaces à moindres frais en répondant aux besoins des familles à la carte." De plus en plus félicité, le Petit vélo jaune croule aujourd’hui sous les demandes. "On a au moins quinze familles en attente et on reçoit des appels quotidiens qu’on ne peut pas prendre en compte."

L’association a ainsi lancé une campagne pour recruter de nouveaux coéquipiers. Etudiants, retraités, citoyens actifs : à travers cette campagne, l’ASBL tient à souligner que tout le monde peut devenir bénévole. Tout le monde, à un point près. En terme de genre, la parité est pour l’instant loin d’être respectée puisque la majorité des coéquipiers sont des coéquipières. "On est dans le secteur de la petite enfance donc ce n’est pas étonnant. Les papas n’ont pas forcément envie qu’un homme passe la journée avec leur femme quand ils sont au travail et les mères seules se sentent aussi plus en confiance avec une femme."

"L'accompagnement est très bien encadré, j'ai une référente que je peux appeler quand j'en ai besoin. Et l'association organise des réunions de partage de vécu qui permettent de raconter les trucs lourds auxquels on est parfois confronté dans le quotidien de ces familles", précise Stéphanie. De son côté, Vinciane Gautier est toujours à la recherche de financements. "Le concept est appelé à grandir et on a besoin de financements pour assurer la pérennité du service." 

© Thibault Grégoire