Le distributeur Hydrobru aimerait augmenter les tarifs de l’eau pour réduire ses déficits.

On le sait, l’intercommunale de distribution de l’eau, Hydrobru doit faire face à d’importantes dépenses pour la remise en état du réseau d’égouts bruxellois dont elle a l’entretien et qui est, à de nombreux endroits, en piteux état. D’ici 2030, ce sont 500 km des 1.500 km de canalisations bruxelloises qui doivent être renouvelées. Le coût de ce remplacement est estimé à 3.000 € du mètre, soit un budget pharaonique de 1,5 milliard.

Pour financer ces travaux, Hydrobru doit revoir ses tarifs à la hausse. Selon une note que s’est procurée la RTBF, adressée au Bureau de l’intercommunale, les mesures programmées sont loin d’être douce. L’intercommunale compte ainsi gagner quelque 40 millions d’euros par an.

Le système de tarification est compliqué à Bruxelles et se fait par tranche. Il s’étale de 2 € à 7,50 € du m3. Les 15 premier m3, la tranche dite sociale, coûte 2 € du m3, ensuite il y a trois autres paliers qui vont en augmentant. Selon la RTBF, Hydrobru aimerait fusionner la première et la deuxième tranche en appliquant des tarifs plus proches de la deuxième que de la première tranche.

Autre changement qui pourrait intervenir : pour tout le monde, la redevance annuelle d’abonnement doublerait. Elle passerait de 26 à 50 € par an.

Du côté d’Hydrobru, on confirme l’information mais on précise qu’il s’agit juste d’une proposition interne qui doit être avalisée par le conseil d’administration, le 10 septembre. Elle sera ensuite soumise à la ministre de l’Environnement, Céline Fremault (CDH), qui consultera les acteurs du secteur pour finalement soumettre la proposition au gouvernement.

Pour l’heure, Hydrobru ne souhaite pas communiquer les chiffres de cette augmentation "qui ne sont pas validés". L’intercommunale fait valoir que les prix de l’eau sont plus bas à Bruxelles que dans les autres régions "et le seront encore après l’augmentation. Nous devons faire fasse a des investissements importants. Il faut entretenir le réseau d’égouts qui est en très mauvais était et répondre aux normes européennes très strictes en terme de qualité de l’eau. Il faut également investir pour prévenir d’éventuelles inondations à Bruxelles, notamment par la construction de bassins d’orage. Tout ça coûte très cher et Hydrobru s’endette. L’objectif n’est pas de faire des bénéfices mais d’arriver au juste prix pour un autofinancement", justifie Manu Cluten, porte-parole d’Hydrobru.

Philippe Van Muylder, Secrétaire général de la FGTB Bruxelles: "Le gouvernement doit mettre son veto"

"Ce projet est d’autant plus inacceptable qu’il supprime l’actuelle deuxième tranche, dite sociale, qui vise à protéger les revenus les plus faibles, sans mettre à contribution la tranche qui vise les revenus plus élevés. En outre, les mesures envisagées prévoient le doublement linéaire de la redevance annuelle. Ainsi, les Bruxellois les plus fragilisés seraient, à nouveau, les plus touchés, ce que la FGTB ne peut tolérer. Après le gel des salaires, le saut d’index, le relèvement de l’âge de la pension, la chasse aux chômeurs, orchestrés par le Gouvernement fédéral, la FGTB attend du Gouvernement bruxellois qu’il exclue toute politique d’austérité visant les travailleurs et les allocataires sociaux et qu’il mette son veto à des mesures antisociales inacceptables." N. G.

Pour le gouvernement, "une hausse est prématurée"

Visiblement, la fuite de cette note interne a quelque peu embêté le gouvernement. Il fallait à tout prix rassurer. Dans un communiqué commun, la ministre de l’Énergie Céline Fremault (CDH) et le ministre-président Rudi Vervoort (PS) ont donc garanti qu’il était "prématuré d’évoquer une augmentation du prix de l’eau à Bruxelles". Ils attendent d’abord "de recevoir une proposition officielle de la part d’Hydrobru avant de commenter les pistes tarifaires dévoilées dans cette note, et avant, conformément à la procédure, de solliciter les avis du Conseil Économique et Social et du nouveau Comité des usagers de l’eau, qui a été installé en juin 2015." C’est donc sur base de son avis ainsi que sur celui du Conseil Économique et social que le Gouvernement Bruxellois statuera dans les prochaines semaines. Et les deux membres du gouvernement d’assurer qu’ "aujourd’hui" la question n’était "pas à l’ordre du jour. Et ce, d’autant que les ménages bruxellois seront touchés par les nouvelles mesures fédérales telles que la hausse de la TVA sur l’électricité, la hausse des accises sur le diesel et le saut d’index." N’empêche, le déficit d’Hydrobru se creuse d’année en année et il faudra rapidement trouver une solution structurelle pour renflouer les caisses. Une hausse des tarifs semble, tôt ou tard, inéluctable.