Le RBDH demande au gouvernement de garantir l’aspect social de ces nouveaux partenariats.

Depuis quelques années, investisseurs privés et promoteurs semblent être attirés par les logements à caractère social. Ensemble, ils s’unissent pour construire des logements neufs avec comme finalité une gestion en Agence immobilière sociale (AIS). À travers une étude, le Rassemblement bruxellois pour le droit à l’habitat (RBDH) dénonce les limites de ce partenariat, "pas sans risque pour les AIS."

Grâce à un mécanisme de donnant-donnant et aux incitants opérés par le pouvoir public, les agences immobilières sociales permettent depuis quelques années de socialiser du logement privé. Les propriétaires louent leur bien à un prix inférieur au marché et, en contrepartie, le loyer est garanti, les vides locatifs sont couverts de même que les dégâts. Les locataires quant à eux louent des logements en dessous du prix du marché. Une formule qui semble fonctionner, puisqu’aujourd’hui les AIS gèrent 5 500 logements, leur parc devant s’accroître de 900 logements supplémentaires grâce aux nombreux investisseurs dans les années prochaines.

"Ces deux dernières années, la croissance du parc a avoisiné les 15 %, soit la plus forte croissance annuelle de l’histoire des AIS", répondait la ministre bruxelloise du Logement Céline Fremault (CDH) à la députée Caroline Désir (PS) concernant l’appel de la FedAIS et le manque de biens en gestion dans notre Région. "C’est un secteur en plein boom, qui connaît un succès fulgurant et inégalé jusqu’à présent."

Pourtant, l’étude du RBDH alerte les pouvoirs publics quant aux limites de ce phénomène. Ces dernières années, les aides publiques aux AIS ont été renforcées permettant à celui qui investit dans un logement neuf AIS de tirer un rendement proche d’un investissement immobilier classique. "Ces importants subsides publics permettent de créer du logement bon marché, en nombre et rapidement, mais pour une durée limitée. En effet, à la fin du contrat de gestion, le propriétaire peut revendre son bien au plus offrant sans condition. L’argent public qui a permis son investissement sert maintenant à maximiser son profit", explique Carole Dumont, analyste au RBDH. En outre, l’ASBL dénonce une course à la rentabilité qui pourrait remettre en cause le caractère bon marché des loyers AIS. "Les nouveaux acteurs, bien outillés pour se faire entendre auprès des pouvoirs publics pourraient plaider pour une revalorisation des loyers aux dépens des locataires les plus précaires."

Enfin, le RBDH souligne la concentration de logements sociaux dans les quartiers près du canal. "Le but étant une rentabilité maximale, il faut que ces logements-là soient construits dans les communes où ça ne coûte pas trop cher. On remarque donc que les différents projets de logements neufs sont toujours à Anderlecht, Molenbeek, au nord de Bruxelles et un peu à Schaerbeek."

L’ASBL appelle le gouvernement à imposer plus de garanties sur l’aspect social lorsqu’il soutient les investisseurs privés. "Cela peut se faire, par exemple, en prolongeant la période minimale de socialisation ou en récupérant une partie de la valeur ajoutée de la maison lors de sa vente", conclut Carole Dumont. Mathilde de Kerchove