Bruxelles

Philippe Close veut plus de "bleus" en rue pour faire cesser les bagarres et les agressions au couteau qui ont lieu toutes les semaines.

Trois bagarres qui ont fini en attaque à l'arme blanche depuis vendredi et encore un cambriolage dans le snack Food 'n' Moods ce mercredi matin à 5h. La violence qui règne au sein du quartier Lemonnier-Stalingrad ne cesse de faire la Une de l'actualité ces derniers jours. Lors d'un point presse ce matin, le bourgmestre de Bruxelles-Ville, Philippe Close (PS) a d'abord tenu à rappeler que "les pouvoirs publics ont énormément investi dans ce quartier pour le réhabiliter. Il y a eu un énorme travail, même si tout n'est pas résolu".

Il a toutefois été forcé d'admettre qu'un problème de criminalité urbaine s'est développé dans le quartier. "Depuis quelques mois, nous sommes confrontés à une hausse de la criminalité, qui est inadmissible. Il ne faut pas nier les faits." Il précise que ce problème n'est pas lié à des bandes mais "à des populations qui sont venues se perdre dans ce quartier, notamment parce que s'est développé un nouveau public familial et touristique considéré comme une cible".

Ce public familial et touristique, les commerçants de la zone Lemonnier-Midi aimeraient le garder. Mais le climat d'insécurité qui y règne en a fait fermer plus d'un. "Le patron de ce restaurant en a eu marre. Les délinquants se postaient devant son enseigne et restaient là à fumer des joints, à s'accaparer sa terrasse et son wifi." Quelques mètres plus loin, c'est une autre enseigne qui a mis la clé sous la porte. Son propriétaire raconte : "J'ai été obligé de mettre des palettes sur l'appui de fenêtre et les marches devant les portes sinon ils s'y installent et effraient les passants. Tous les jours, j'étais témoin de vols de téléphone ou d'arrachage de sacs à main. Je leur ai déjà proposé de refaire la peinture du bâtiment pour 50 € de l'heure mais ils m'ont ri au nez, en me disant qu'ils se faisaient 200 € en deux minutes en volant les gens."

Le restaurant a fermé ses portes à cause du climat d'insécurité qui règne dans le quartier Lemonnier-Stalingrad. © El Massaoudi

De son côté, la police locale affirme mener des actions quotidiennes pour remédier à la situation. "Nous avons reçu plusieurs plaintes de commerçants par rapport aux nuisances dans le quartier. Ces dernières sont tout à fait légitimes. Au 26 février, nous avons arrêté dix personnes et dressé trois procès-verbaux pour découverte et détention de stupéfiants. Le 1er mars, nous avons procédé à 16 contrôles et dressé trois autres procès-verbaux", indique Ilse van de Keer, la porte-parole de la zone Bruxelles-Ixelles. Depuis début janvier, ce sont en tout treize actions spécifiques qui ont été menées par les policiers.

Des actions qui seront doublées dans les prochaines semaines a annoncé Philippe Close. "Jusqu'à 27 gardiens de la paix patrouillent déjà dans les rues jour et nuit. Ces patrouilles de prévention seront aussi augmentées, comme les services de sécurité de la Stib." Satisfaits de voir les pouvoirs publics s'intéresser au problème, les commerçants restent sur leurs gardes. "Cela fait des mois qu'on essaie d'attirer leur attention sur la situation. Au final, il faut attendre que la Stib fasse une mini grève pour qu'ils réagissent." Noureddine Layachi attend quant à lui les actions concrètes qui seront menées pour se prononcer : "Ce sont de belles promesses mais je ne crois que ce que je vois."

Le président de l'association des commerçants du quartier estime que l'axe policier seul ne suffira pas pour résoudre les problèmes sécuritaires. L'aménagement de la zone a également son importance : "Ils profitent du wifi et des prises de courant, se rassemblent dans des endroits stratégiques comme les terrasses de certains cafés ou le Passage du travail."

Le bourgmestre approuve et mise également sur les caméras installées dans le quartier. Mais le gérant de l'hôtel Stalingrad s'interroge : "Quelles caméras ? A part sur les façades de mon établissement, il n'y en a aucune. La police me demande en moyenne 10 fois par semaine de visionner les enregistrements dans le cadre d'enquêtes criminelles" Étonné, Philippe Close regarde autour de lui. Forcé de constater l'absence de caméras, il assure que le quartier en sera équipé d'ici la fin de l'année.

Les commerçants regrettent par ailleurs la période où des policiers qui connaissaient le quartier y patrouillaient en civil. "Il y en avait une dizaine, ils connaissaient tout le monde et faisaient vraiment du bon boulot. Depuis la réforme de la police, ils ont changé de zone. Aujourd'hui, on nous dit que d'autres vont arriver mais ils viennent de Louvain ou Hasselt : comment voulez-vous qu'ils soient efficaces?"