Bruxelles Privée de ses transports et d’une bonne part de ses commerces, la capitale belge faisait bonne figure, hier, malgré la pluie.

Sur l’autoroute. "Nous avons prévu de venir faire un tour à Bruxelles et de visiter le musée des Sciences naturelles. Ce matin, il n’y avait rien d’indiqué sur leur site…" Entre-temps, les mesures édictées par les autorités ont vécu : le jeune couple en route pour la capitale belge n’avait plus qu’à faire demi-tour.

L’antre bruxellois des sciences n’était pas un cas unique. Ainsi des dizaines, des centaines de téméraires ont bravé la pluie pour trouver porte close. Où se faire pousser hors des centres commerciaux, des lieux de rencontre, des endroits chauds et paisibles populaires du samedi.

"Cela ne vous concerne pas directement, mais ils sont en train d’évacuer la station Rogier car ils ferment le City 2." La radio de ce garde éructait ainsi, en plein cœur de la gare du Nord, son message préventif. Les gardiens, eux, continuaient leur route. Impassibles.

Pour une bonne raison : sitôt passé le coin, une demi-douzaine d’hommes et de femmes en armes déambulaient d’un pas calme et fendaient les voyageurs ferroviaires. Un mélange de militaires et de policiers aux visages fermés, "qui nous regardent de travers", confiait toute de même une jeune voyageuse, assez inquiète d’un tel étalage de la force armée.

À quelques encablures de là, rue Neuve, même constat. La rue, présentée comme vide quelques heures plus tôt, était alors pleine de regards incrédules. Derrière la porte vitrée de l’entrée de City 2, un garde au téléphone faisait signe aux retardataires : on ne rentre pas. Les grilles n’ont pas tardé à affranchir l’homme de sécurité de cette tâche répétitive.

Dans la rue neuve, même incompréhension. Même indignation de se voir ainsi refoulés sous la pluie continue et froide. "Mais comment je vais rentrer chez moi maintenant ?" Le soldat l’ignore, son béret brun de l’infanterie et son accent rappellent son origine, loin de Bruxelles. "Les métros et les trams ne roulent pas madame, mais les bus roulent normalement", s’esquinte-t-il à répéter.

Autour de la scène, photographes et caméras de télévision immortalisent cette fermeture dictée pour raisons de sécurité. De temps à autre, un homme en arme fait signe. La nervosité est tout juste plus visible auprès des militaires et policiers. "On vous a déjà offert un café ?", demandait un passant.

Finalement, les touristes auront eu la ville pour eux. Sur la Grand-Place, ils n’ont pas cessé de mitrailler innocemment un véhicule blindé de l’armée. Sa masse verte posée devant un gigantesque portique de bois attirait l’œil plus que le gigantesque sapin, bien qu’il était déjà paré de quelques boules lumineuses.

D’autres de ces imposants engins avaient été disposés aux points de passage. Le piétonnier de Bruxelles, par exemple, ne permettait pas d’oublier le déploiement militaire : tous les 150 mètres, une section de soldats montait la garde.

Ce n’était pas la foule des grands jours, hier à Bruxelles. Juste une ville qui retenait son souffle dans l’incompréhension d’événements craints, mais incapables d’arrêter vraiment ses habitants et visiteurs de la faire vivre.