Pareils dispositifs existent chez nos voisins, mais les tergiversations politiques empêchent leur implantation à Bruxelles.

Est-on en passe de voir des salles de consommation de drogue à moindre risque (SCMR) s’implanter dans la capitale ? C’est en tout cas le souhait d’une grande majorité des professionnels du secteur de la toxicomanie qui vantent les avantages que représente ce dispositif. Mais force est de constater qu’au niveau juridique et politique, ça stagne, au grand dam des experts bruxellois.

"On est pleinement convaincu de la pertinence de ces salles. Au niveau de la santé publique, sa plus-value a été prouvée par des expériences universitaires, mais au niveau législatif, on est bloqué par le cadre actuel qui ne permet pas cette émergence", explique Sébastien Alexandre, le directeur de la Fédération bruxelloise francophone des institutions pour toxicomane (FEDITO), qui a récemment constitué une coupole avec d’autres acteurs bruxellois pour demander leur implantation.

Les pays limitrophes ont déjà approuvé de tels dispositifs. Des salles de consommation existent au Pays-Bas depuis 20 ans, et on en trouve également en Allemagne et au Luxembourg. La France va aussi expérimenter ces salles dans trois villes. "Si la Belgique invoque encore des raisons morales pour justifier cette absence de salle, cela ne sera pas cohérent", estime Sébastien Alexandre.

Cette stagnation politique peut s’expliquer par deux raisons. L’article 3 de la loi de 1921 pénalise la facilitation de l’usage en procurant un local à des consommateurs. "Mais ce point visait en réalité à lutter contre la fumerie d’opium. En France, cette phrase a été supprimée par une loi de 1971 pour permettre à ce dispositif de voir le jour", explique Bruno Valkeneers de la liaison antiprohibitionniste.

Un autre point invoqué est qu’il est interdit de mettre en œuvre des pratiques facilitant l’usage de consommation de drogue. Un argument réfuté par l’ensemble du secteur de la santé publique. "Ces salles sont bénéfiques à la fois pour les usagers mais également pour la santé publique en général", explique Bruno Valkeneers. "Elles amènent une sécurité pour les consommateurs puisqu’un local sécurisé est mis à leur disposition, avec des seringues stérilisées, des désinfectants et la présence de médecins en cas d’overdose". De plus, selon Bruno Valkeneers, rejoint par de nombreux professionnels, ce dispositif va permettre de libérer l’espace public de ces pratiques puisqu’il va permettre de ne plus retrouver de seringues dans des buissons ou dans un bac à sable.

Certains experts pointent également du doigt une certaine frilosité politique, de peur de froisser l’électorat sur un sujet sensible. Une proposition de loi est actuellement à l’étude à la commission santé publique et les Régions sont invitées à s’exprimer sur ce dossier. Si un avis positif est rendu d’ici le début de l’année 2016, le dossier repassera à la commission justice et pourrait advenir une exception à la loi de 1921 si le gouvernement fédéral l’approuve. Un scénario qui ne risque pas d’arriver, selon les observateurs, "avec un gouvernement fédéral aussi réfractaire. "


La zone de police Ouest favorable

La zone de police Ouest (Molenbeek-Saint-Jean, Koekelberg, Jette, Ganshoren et Berchem-Sainte-Agathe) soutient le développement de ces salles. La consommation de drogue par injection est un réel problème, notamment au carrefour du Boulevard Léopold II et de la rue de Ribaucourt à Molenbeek-Saint-Jean. "Nous nous devons de pointer la totale inutilité de l’action répressive locale relative à ce phénomène", a expliqué Pierre Collignon, directeur de la division Molenbeek de la zone de police Ouest. 

"Notre police se rend compte de l’ampleur du phénomène et constate son incapacité à l’éradiquer ou même le freiner. Nous voyons dans les salles de consommation des avantages non négligeables pour la police." D’autres grandes villes belges sont aussi favorables aux salles de shoot. Ce dispositif est inscrit dans le plan d’action de la ville de Gand, mais Charleroi et Liège ont aussi marqué leur intérêt. Le bourgmestre de Liège, Willy Demeyer (PS), a d’ailleurs déposé une proposition de loi visant à en implanter sur son territoire.


Alain Maron,  Député ecolo au parlement bruxellois:  "Un consensus est possible à Bruxelles"

"Nous soutenons ce dispositif mais il y a peu de chance qu’avec l’actuel gouvernement fédéral, la loi hyperrestrictive de 1921 soit modifiée. En revanche, la réforme de l’État pourrait permettre à la Région bruxelloise d’agir puisqu’elle a hérité de nouvelles compétences, dont la politique de prévention. Du coup, si le fédéral ne bouge pas, la Région pourrait le faire en mettant autour de la table des acteurs de terrain, des experts, la police et voir si c’est envisageable que la Cocom subventionne la Région, via ses nouvelles compétences, avec l’accord du parquet. Je pense que la chance d’aboutir à un consensus entre les partis de la majorité à Bruxelles est plus grande qu’au fédéral. Mais dire que ces salles encouragent à se droguer est totalement faux !"