C’est le constat tiré par une étude commanditée par la Région bruxelloise, qui entend lutter contre cette problématique.

Depuis 9 mois, l’ASBL Garance organise des marches exploratoires dans les parcs bruxellois afin d’émettre une série de recommandations pour lutter contre le sentiment d’insécurité dans les espaces verts. Les premiers résultats de cette étude, soutenue par la Région, ont été présentés ce samedi, en présence de la ministre de l’Environnement Céline Fremault (CDH).

"Nous sommes parties du constat selon lequel les femmes et les filles ne fréquentent pas les espaces verts de la capitale de la même manière que les garçons et les hommes. Eux ont davantage tendance à séjourner dans les espaces verts, à s’étaler, tandis que les femmes circulent sans pour autant s’approprier l’espace", explique Roxanne Chinikar, de l’ASBL Garance.

Pour procéder à l’étude, des marches exploratoires ont été organisées dans plusieurs espaces verts bruxellois, à l’instar de ce qui a été réalisé à Vienne ou à Paris. Cinq parcs régionaux ont ainsi été explorés : le parc Bonnevie, le parc de la porte de Hal, le parc Elisabeth, le parc de la Woluwe et le parc de la Ligne 28. Une marche a également été réalisée avec les gardiennes du parc dans le parc Tenbosch.

Dans le cadre de ce projet, les marcheuses ont ainsi traversé les pelouses, arpenté les chemins, observé la disposition des éclairages, la propreté ainsi que l’organisation des terrains de sport et celui des plaines de jeux.

"Un des critères omniprésents observés dans tous les parcs est que les participantes ne s’y sentent jamais en sécurité dès la tombée de la nuit. La majorité d’entre elles évitent de se promener dans les parcs le soir et la nuit, et ce même si le trajet leur ferait gagner du temps, explique Laura Chaumont, de l’ASBL Garance. En cause : le manque d’éclairage et la présence masculine, mais aussi les mythes et croyances sur les dangers de la place des femmes dans les espaces publics."

Un des constats : la présence d’autres personnes, de préférence d’autres femmes, rassure les participantes et renforce le sentiment de sécurité. "C’est pourquoi la sensibilisation des gardiens et gardiennes du parc à une réflexion genrée est essentielle", explique Laura Chaumont. À l’inverse, l’absence d’autres femmes voire d’autres personnes peut les empêcher d’investir un espace ou même de le traverser. La question de la végétation trop dense est également évoquée dans le rapport, car elle peut faire barrière aux regards et renforcer le sentiment d’insécurité.

Une des principales recommandations est aussi d’améliorer les entrées des parcs. "Si elles sont aménagées de manière attractive, claire et bien illuminée, elles peuvent aider les femmes à s’aventurer plus loin dans le parc. Nous constatons aussi que le manque d’éclairage renforce le sentiment d’insécurité. Sans éclairage, les femmes évitent ces zones", précise Roxanne Chinikar.

Enfin, la propreté joue un rôle crucial dans le sentiment d’insécurité. Des espaces mal entretenus signalent un contrôle social affaibli. Une zone sale est perçue comme moins rassurante, comme par exemple dans le parc de la porte de Hal, ressort-il de l’étude.

Découvrez les résultats complets de l’étude à partir de ce mercredi sur www.garance.be

Des formations d'autodéfense

L’ASBL Garance travaille activement depuis 17 ans sur la question du droit des femmes en Région bruxelloise, et organise notamment des séances d’autodéfense. Une première brochure reprenant une série de recommandations générales pour l’aménagement des villes a d’ailleurs été éditée en 2012. Depuis 2010, l’ASBL attache une importance toute particulière à la question de l’accessibilité de l’espace public aux filles et aux femmes. L’étude Femmes au parc !, menée spécifiquement sur les espaces verts bruxellois, a pour but de poser les bases de la réalisation de trois objectifs: valoriser l’expertise des femmes dans leur exploitation, ou non, des espaces verts, mettre en évidence des recommandations favorisant l’accessibilité des espaces verts aux filles et aux femmes, et favoriser leur appropriation, ou réappropriation, des espaces verts.

"Dégager des mesures concrètes"

"Je soumets les conclusions de ces marches exploratoires à l’analyse de Bruxelles Environnement et je constituerai à cette fin un groupe de travail rassemblant mon administration, les gardiens et les gardiennes de parc, les représentants de l’association de défense des femmes et mon cabinet en vue de dégager des mesures concrètes qui mettront en œuvre les recommandations proposées dans l’étude", a fait savoir Céline Fremault (CDH), ministre bruxelloise de l'Environnement.