Malgré la période de confinement, la grande majorité des gardiens de la paix bruxellois continuent d’arpenter les rues de la capitale sans porter de masque de protection.

Halina Benmrah, infirmière à Anderlecht et conseillère communale MR, donne l’alerte. “Il est incompréhensible que les travailleurs communaux, au contact direct avec la population et les éventuels déchets contagieux laissés par celle ci ne puissent recevoir de leur employeur, les moyens indispensables pour leur protection, masques, gants et gel hydroalcoolique”, fustige-t-elle. “C’est un scandale de laisser ces travailleurs ‘de l’ombre’ courir des risques insensés. Ces gens ont aussi une famille et des parents ! Il y va de la réputation et responsabilité des dirigeants d’Anderlecht de résoudre cette situation.”

La libérale déplore également l’absence de séance d’information pour présenter les mesures de protection à adopter par les gardiens de la paix. Elle a décidé d’interpeller le collège lors du conseil communal de ce jeudi soir.

Le bourgmestre faisant fonction Fabrice Cumps (PS) assure de son côté que la commune suit les recommandations strictes du gouvernement fédéral. “Nous appliquons les recommandations du fédéral émises dans la circulaire. Il y est stipulé que les masques doivent en priorité être concentrés vers les hôpitaux pour protéger le personnel soignant. En revanche, nous allons aussi distribuer des repas aux SDF et, dans ce cadre-là, nos employés seront équipés de masques. Mais cela ne vaut pas pour les gardiens de la paix”, conclut-t-il.

Didier Gosuin ne sais pas où sont les masques destinés à son personnel.

Renseignements pris, la situation est identique dans chaque commune bruxelloise contactée. Les masques disponibles sont en priorité fournis au personnel médical qui agit en première ligne. Les gardiens de la paix ne rentrent visiblement pas dans cette catégorie.

Didier Gosuin (Défi), bourgmestre d’Auderghem, ne mâche pas ses mots. “J’ai déjà envoyé une dizaine de mails pour savoir où sont passés les masques qui devaient nous arriver, mais je n’ai jamais reçu de réponse”, explique-t-il. “La problématique est d’autant plus inquiétante pour notre personnel d’aide à domicile qui ne dispose pas, lui non plus, de masques de protection.”

A Woluwe-Saint-Pierre, encore, les gardiens de la paix ne portent pas de masque. “Ils ont des gants de service mais toujours pas de masque. Nous allons nous réunir ce vendredi pour voir comment nous pouvons remédier à la situation, en fonction de ce dont on peut disposer comme matériel”, explique le bourgmestre Benoît Cerexhe (CDH).

A Berchem-Sainte-Agathe, pas de masque pour les gardiens de la paix.

A l’instar des autres communes, les gardiens de la paix de la commune de Jette disposent de gants mais pas de masque. Du côté d’Etterbeek, la commune a pris les devants en faisant fabriquer des masques gratuitement par 40 bénévoles. La commune finance le tissu. “Nous allons livrer 300 masques pour les logisticiens, ouvriers, brancardiers, chauffeurs etc. Nous en avons également fourni à nos gardiens de la paix. Chacun en reçoit deux. Ils ne sont toutefois pas obligés de le porter, c’est leur choix personnel”, explique le bourgmestre Vincent De Wolf (MR).

A Berchem-Sainte-Agathe, le bourgmestre Joël Riguelle (CDH) n’a lui toutefois pas l’intention d’équiper ses gardiens de la paix de masques de protection. “Le port de masque dans l’espace public n’a pas d’utilité réelle. Il faut garder ses distances”, nous a-t-il répondu.

Le bourgmestre de Forest Stéphane Roberti tire lui aussi la sonnette d’alarme. “Nous sommes 19 bourgmestres a demander des masques et des gants de protection pour notre personnel. C’est la santé publique qui définit les priorités en fonction de l’arrivage des commandes. Si des masques sont saisis par la police, ils sont mis à disposition de l’organisme régional qui les redistribue. Nos maisons de repos en ont reçu récemment. On parle d’une priorité pour les soignants à domicile pour la suite et nous avons encore de nombreuses demandes pour notre personnel de soins, de sécurité et de prévention, mais également pour le personnel de nos crèches et plus généralement pour les hommes et les femmes qui sont en première ligne pour venir en aide aux citoyens”, explique-t-il.