"Ça a un côté très inhumain de considérer ces personnes comme des pestiférées alors qu’elles ont besoin d’un énorme soutien mais on n’a pas le temps de les rassurer."

En pédiatrie, dans les services pour adultes, aux urgences ou aux soins intensifs, les infirmières bravent chaque jour le confinement pour s’assurer que leurs patients bénéficient des meilleurs soins possibles. Une tâche rendue particulièrement difficile par le manque de personnel hospitalier, la pénurie de matériel et les risques de contagion.

"Jusqu’à ce week-end, le manque de masques rendait la situation très difficile. D’autant que des masques ont été volés par des familles de patients. On a été obligé de les mettre sous clé, ce qui signifie qu’on devait appeler un vigile dès qu’on avait besoin d’un masque, explique Mathilde*, infirmière aux urgences. Là, ça va mieux au niveau des masques mais on n’a pas de stock de gants ni de blouses d’isolation, ça commence à être compliqué."

"On n’a pas assez de masques donc on garde le même pendant onze heures au lieu des quatre habituelles. Et ce sont des masques chirurgicaux donc ça m’empêche de contaminer mais pas d’être contaminée", ajoute Mélanie*, infirmière pédiatrique. "Je pense que le fédéral a fait une grosse erreur en demandant d’abord de ne pas porter de masque chirurgical car des soignants ont sûrement contaminé des patients. Heureusement, le gouvernement a changé de cap, c’est une bonne chose", estime de son côté Laurence Hody, déléguée CNE.

Peu impressionnées par le virus en soi, "on a déjà travaillé avec des maladies plus graves", les infirmières craignent en revanche de ne pouvoir empêcher sa transmission. "Celles qui sont plus âgées, fragilisées ou habitent en famille sont fatalement plus angoissées." "Je fais mon travail comme je l’ai toujours fait mais la peur d’être contaminée est là, poursuit Mélanie. Des anciennes collègues sont contaminées et mal en point alors qu’elles n’ont pas d’antécédents et sont assez jeunes, forcément ça fait peur."

Par mesure de sécurité, Mélanie et ses collègues n’entrent plus dans certaines chambres. "Ça a un côté très inhumain de considérer ces personnes comme des pestiférées alors qu’elles ont besoin d’un énorme soutien mais on n’a pas le temps de les rassurer." Silvie, infirmière en soins intensifs, pointe également les difficultés psychologiques de cette situation. "Pour le moment, je suis plus stressée par l’aspect émotionnel que l’on va devoir gérer, les choix que l’on va devoir poser, le recul qu’on n’aura pas toujours le temps de prendre. Bientôt, on pourra parler de médecine de guerre, avec des patients dans tous les coins."

Face à la crise, elle souligne néanmoins l’émergence d’une solidarité au sein du personnel hospitalier. "A l’hôpital, tout le monde se bouge. On s’encourage, on se téléphone, je vois émerger un réel soutien entre nous. J’espère que cette solidarité perdurera après la crise."

*noms d'emprunt