A Bruxelles, aucune question portant sur la situation des handicapés ne figurait dans l'enquête publique pour le plan régional de Mobilité.

David s’est installé dans la commune d’Ixelles depuis dix ans. Aujourd'hui, il jette un regard acerbe sur la politique régionale de mobilité qui, selon lui, ne prend pas assez en compte la situation des personnes à mobilité réduite, dont il fait partie.

"Avant, je vivais au Canada où tout est pensé pour les PMR. À Toronto, par exemple, tout le centre-ville est interdit au stationnement sauf pour les PMR qui peuvent s’arrêter à leur guise devant les commerces", explique David, également membre du Conseil Consultatif de la Personne Handicapée (CCPH). "Mais à Bruxelles, lorsque l’on regarde les stratégies de mobilité, on parle surtout de mobilité pour les personnes valides, sans beaucoup de considération pour les PMR."

Il prend l’exemple de la chaussée d’Ixelles, qui est une Zone à Accès Limité (ZAL) depuis juillet 2018. "De 7h à 19h, seuls les transports en commun et les véhicules autorisés peuvent circuler dans cette zone. Les automobilistes non autorisés s’exposent à une amende de 58 euros. Malheureusement, les personnes en situation de handicap et qui disposent d’une carte de stationnement pour cause de handicap sont exclues de cette liste de dérogation. En conséquence, cette zone à accès limité est devenue une zone à exclusion pour les personnes dans mon cas qui ont bel et bien une carte handicapée mais qui ne résident pas dans cette zone."

De son côté, l’échevin ixellois de la Mobilité Yves Rouyet (Ecolo) explique que cette zone apaisée de la chaussée d’Ixelles a été pensée pour les PMR. "Tout est de plain-pied et nous avons ajouté dix places de stationnement pour les PMR dans la ZAL, alors qu’il n’y en avait quasiment aucune avant le réaménagement. De plus, nous avons systématiquement organisé une place de stationnement pour personne handicapée au début de chacune des rues qui débouchent sur la chaussée d’Ixelles."

Mais selon David, ces places ne peuvent pas être utilisées par des personnes qui ne résident pas dans ce quartier. "Les nouveaux stationnements PMR se trouvent maintenant dans la zone à accès limité et ne sont de facto pas accessibles entre 7h et 19h. Je parle ici de la rue Francart, rue Prince Royal et la rue Solvay. Mais très souvent, ces places sont squattées par des personnes valides. La demande d’élargir la liste des dérogations aux véhicules de personnes en situation de handicap à été soulevée à plusieurs reprises auprès des autorités ixelloises mais rien n’a changé depuis lors", conclut David, qui déplore également que lors de l’enquête publique relative au plan Good Move, aucune question ne portait sur la situation des PMR.

“Un non-respect de la charte Handistreaming”

La problématique du manque d’accès pour les PMR aux espaces piétonniers, toujours plus nombreux à Bruxelles, s’est invitée en commission Mobilité du parlement bruxellois.

“Certaines personnes à mobilité réduite ne peuvent se déplacer qu’en voiture, et souvent en voiture adaptée. Pour elles, la voiture est symbole d’autonomie. Avec la création de zones piétonnes et semi-piétonnes, nous arrivons à des situations où certaines catégories de public ne peuvent pas profiter et sont ainsi exclues de ces nouvelles artères”, a affirmé le député bruxellois Marc Loewenstein (Défi).

Le député DéFI rappelle les obligations des pouvoirs publics quant à l’inclusion des personnes en situation de handicap. “Selon la charte Handistreaming et la Convention des Nations Unies pour le Droit des Personnes Handicapées, ce n’est pas aux PMR à s’adapter à leur environnement mais aux responsables politiques à s’attaquer aux obstacles qui compromettent leur participation à la vie économique, sociale et culturelle. Ces principes d’autonomie et d’intégration sont défendus par la Région bruxelloise. Ces principes doivent être traduits concrètement sur le terrain”, poursuit-il.

Pour les personnes se déplaçant en béquilles ou en fauteuil roulant manuel, les distances des zones piétonnes sont souvent impossibles à parcourir et, par conséquent, ces zones deviennent ou sont ressenties par les personnes concernées comme des zones d’exclusion. “Pour des personnes en situation handicap moteur, chaque déplacement est un réel parcours du combattant qui inflige régulièrement des douleurs physiques. Un taxi ou un fauteuil roulant électrique deviennent trop souvent le seul moyen de déplacement dans des zones piétonnes ou semi-piétonne”, ajoute encore Marc Loewenstein.

“Plusieurs initiatives doivent être prises de concert : étudier l’octroi de dérogations pour certaines catégories de PMR, s’assurer de la présence de suffisamment de places de stationnement pour personnes handicapées aux abords des piétonniers, la création de zones de dépôts “Kiss&Drive” ou encore la mise en service de tuk tuk ou voitures de golf permettant aux personnes invalides concernées de profiter de la même manière que les autres des zones piétonnes”, conclut-il.