Avec sa page Facebook, Alice invite les personnes à mobilité réduite à explorer Bruxelles. Rencontre.

Sur le Web, elle se fait appeler Petit Cyborg. En réalité, son nom est Alice. À 27 ans, la jeune femme tient une page Facebook intitulée Wheelchair In The Wild pour encourager à sortir des personnes qui, comme elle, connaissent des difficultés pour se déplacer. Nous l’avons rencontrée devant une boutique près de la place Fontainas.

"Pour le moment, je fais mon top des magasins vintage par rapport à leur accessibilité", explique-t-elle. Malheureusement pour nous, l’établissement choisi aujourd’hui ne rentrera pas dans le classement, faute de rampe d’accès. Nous optons donc pour une promenade. "La plupart des commerçants ne se rendent pas compte. Ce n’est pas par méchanceté mais par ignorance", témoigne Alice.

Alors, dans les enseignes qu’elle visite, elle n’hésite pas à parler avec les gérants. "Je mets en évidence le fait que plus les lieux sont accessibles, plus les clients seront nombreux et leur chiffre d’affaires s’en ressentira." La jeune femme reconnaît toutefois qu’il n’est pas facile d’intégrer cette réalité. "On n’est pas souvent confronté au handicap. Parfois, les gens n’ont même jamais rencontré de personnes à mobilité réduite (PMR). C’est aussi parce qu’elles hésitent à sortir de chez elle et limitent souvent leurs déplacements au strict minimum", affirme-t-elle.

Pour Alice, pas question de renoncer à sa liberté : elle veut profiter de la vie et espère inciter les autres à l’imiter, via sa page. "L’accessibilité a toujours occupé une part importante de ma vie. Quand j’ai eu plus de temps, je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose pour améliorer la situation". La jeune femme partage donc ses expériences et sensibilise le public, toujours avec une grande gentillesse. "Mon but est de valoriser ceux qui font des efforts", assure-t-elle.

Cependant, même si les conditions s’améliorent depuis quelques années, Alice se décourage parfois. "Ça m’est déjà arrivé de penser à partir en Angleterre, où l’accessibilité des PMR est une obligation. Mais j’aurais l’impression de fuir. Et puis Bruxelles est très attachante. C’est comme un village, ici tout le monde se connaît", raconte l’ancienne Namuroise. Notre balade se termine chaussée d’Ixelles. La jeune femme va faire ses courses, comme tout le monde.


Les transports s’améliorent

Lors de notre promenade, nous avons pu tester les rampes d’accès des bus de la Stib. Le premier 71 que nous souhaitons prendre à De Brouckère ne permet malheureusement pas de monter à bord. Cette ligne est pourtant bel et bien équipée. "Mais les conducteurs ne savent pas toujours comment la rampe fonctionne et ils ne peuvent pas quitter leur cabine", explique Alice. Un autre bus arrive. Il s’agit d’un 29. Le conducteur se montre bienveillant et propose de nous déposer à la gare Centrale. Alice accepte, ravie. Un autre bus prendra le relais pour nous emmener Porte de Namur. Lui aussi a déployé la rampe, sans difficulté. Le trajet nous aura donc pris à peine plus de temps que prévu. Un bon point pour la Stib.